LE RIBAT DE SOUSSE

LE RIBAT DE SOUSSE

Ribat sousse

Le rôle des ribat a été clairement expliqué par M. Georges Marçais dans l’important article qu’il leur a consacré autrefois 1 . Nous nous contenterons donc de rappeler ici que ces fortins, chargés de la défense des côtes, étaient aussi des postes de guet, communiquant entre eux au moyen des feux qu’on allumait au sommet de leur tour. Les garnisons de volontaires étaient com­posées « d’hommes pieux et de marabouts ». Cette particularité confère à ces ouvrages militaires un caractère religieux qui s’exprime nettement dans leur plan. On y trouve toujours, en effet, au moins une salle des prières.

Le ribat de Sousse a été signalé à l’attention du monde savant par Houdas et Basset dès 1882 2 . La première description qui en ait été faite est due à M. G. Marçais. Plus récemment» M. K.A.C. Creswell a repris le sujet, joignant à son texte des photographies et un plan 3 .

Ces savants éminents n’ont toutefois pu connaître de l’édifice qu’un aspect déformé par 3ea aménagements modernes. On a aujourd’hui une idée plus précise de son état primitif, grâce aux. travaux de consolidation que nous y avons dirigés pendant quatre ans et au cours desquels d’in­téressantes découvertes ont apporté des renseignements nouveaux 4 . Ces constatations permettent de mieux connaître les étapes de la construction, l’utilisation des organes de l’édifice, ses matériaux et leur mise en œuvre, l’origine enfin de ses formes et de Son décor. L’étude de ces différent» points fait l’objet du premier chapitre du présent ouvrage.

On n’a pas voulu se borner, pour un monument de cette importance, aux travaux conforta-tifs nécessités par son délabrement. Une restauration partielle de son état primitif a paru justifiée. L’énumération des consolidations et des restaurations effectuées est donnée au deuxième chapitre. Ces renseignements, sans intérêt pour l’histoire du monument, pourront être utiles à ceux qui vou­draient reprendre un jour l’étude de l’édifice ou seraient amenés à diriger au ribat de nouveaux travaux.

Le ribat a repris aujourd’hui en partie son aspect d’autrefois et a déjà reçu sa nouvelle affec­tation de musée musulman 5 . Mais c’est néanmoins l’architecture de ce monument historique, le plus ancien de toute l’Afrique du Nord, qui constitue son intérêt principal.

Nous avons également pu acquérir quelques connaissances nouvelles sur le ribat de Monas-tir 6 où l’action de la Direction des Antiquités ne peut malheureusement pas se faire sentir sur la même échelle qu’à Sousse, du fait de l’affectation actuelle des bâtiments 7 . Quoique la documentation recueillie, dans ces conditions, soit encore très fragmentaire, il a semblé indispensable de la faire connaître dès maintenant pour ne pas dissocier les deux principaux ribat du Sahel, qui ont trop de points communs pour être étudiés séparément.

J’ai souvent eu recours à M. Zbiss, Inspecteur des Antiquité», dont les indications m’ont été utiles. Qu’il en soit ici remercié 8

CHAPITRE PREMIER LE RIBAT DE SOUSSE  (Planches I à XXX)

2MONUMENTS ANTERIEURS

Le ribat de Sousse a été construit sur l’emplacement d’un monument antérieur, comme l’établît notre étude de ses fondations. Quinze sondages ont été exécutés, dont la stratigraphie donne les résultats suivants   “.

1°) Le sol vierge, terre argileuse compacte de teinte jaune, se trouve à 4 mètres du niveau actuel de la rue du Ksar. Les fondations d’un monument romain reposent sur ce sol. Elles sont très soigneusement construites et comportent plusieurs ressauts.

2°) Immédiatement au-dessus du sol vierge, une couche archéologique de 10 à 12 cm, d’épais-seul renferme des tessons dont le plus caractéristique est un fragment de lampe à bec arrondi en poterie fine qui peut être datée au plus tard du début du II”siècle 9 .

3°) Vient ensuite un sol antique composé d’un béton de chaux et de tuileau finement pulvérisé, mesurant 8 cm. d’épaisseur. A la surface du béton sont encastrés de petits morceaux irréguliers d’une pierre dure et verte. Ces morceaux, qui ont 1 cm. d’épaisseur, semblent être des chutes, de taille ou des déchets de carrière. Ce sol, qui rappelle de loin des bétons de haute époque romaine, est d’une exécution beaucoup plus grossière que ceux-ci. Des fragments de panneaux de mosaïque, encastrés dans ce béton, ont été retrouvés dans deux sondages. On y reconnaît des peltes-et des nœuds de Salomon, d’une facture assez lâchée. L’ensemble est difficilement datable, mais paraît appartenir à une époque assez basse. En un point où ce dallage a été démoli par les Musulmans, on a recueilli, dans une poche de remblais bouleversés, à 0 m. 80 au-dessous du niveau 3, un lot de 9 monnaies romaines dont quatre petits bronzes de Constance II 10 . Sur le béton gisent encore quelques morceaux de fûts de colonne en marbre blanc veiné de vert, de 0 m. 60 de diamètre.

4°) Au-dessus du dallage, le sol a été partout bouleversé. Toutefois, nous avons pu recueillir dans ce terrain meuble un joli objet en os de facture byzantine (PL XI d) et quelques petites monnaies de bronze de la même période, très oxydées.

5°) 70 centimètres au-dessus du niveau 3 se trouve le premier sol musulman. C’est par endroits un dallage en pierre, ailleurs un simple béton de chaux grasse. Une lampe de haute époque musulmane a été recueillie sur ce sol (PI. XI c).

6°) Cinquante centimètres plus haut se trouve un deuxième sol musulman en béton de chaux également.

7°) Le dernier niveau est celui du sol actuel, en terre battue, des cellules du rez-de-chaussée. Un seul sondage a pu être fait le long des murs extérieurs. II a été arrêté à trois mètres de   profondeur, pour des raisons techniques, sans que les fondations aient été atteintes.

Avant d’interpréter les données précises de la stratigraphie, il faut y ajouter les renseignements qu’on peut tirer des éléments antiques remployés dans La construction arabe. Ceux-ci, il est vrai, pourraient provenir de monuments tout autres que celui qui nous occupe. Pourtant leur examen permet de remarquer que nombre d’entre eux correspondent à une ordonnance de 0 m. 30 de module ; or c’est précisément le module des colonnes retrouvées dans les sondages 11 . Il faut se rappeler ici que le ribat est la plus ancienne construction musulmane de Sousse, réduite, après la destruction de Justinianopolis, à l’état d’une pauvre bourgade. On peut donc supposer avec quel’ que vraisemblance que les constructeurs arabes n’ont pas été chercher au loin des matériaux qu’ils avaient à leur disposition à l’emplacement même du monument antique ruiné.

Le ribat est en grande partie bâti au moyen de matériaux remployés. Certains d’entre eux ont été retaillés et sont méconnaissables, d’autre» ont été mis en œuvre tels quels. Nous ne nous occuperons ici que des éléments d’architecture antique qui sont encore identifiables. Parmi ceux-ci se trouvent toutes les colonnes ou colonnetles qui subsistent encore. Elles sont en marbres divers, en porphyre ou en granit. Les chapiteaux en marbre blanc conservés sont au nombre de quatre, d’ordre corinthien et fort abîmés. Ils surmontent les colonnes du porche d’entrée. Les douze corbeaux sculptés en marbre blanc du porche et du vestibule se subdivisent en trois catégories   :

1°) Sept corbeaux (3 dans le porche, 4 dans la première travée du vestibule) sont décorés d’acanthes épineuses, de feuillages et d’enroulements. D’une fort belle facture, ils sont, croyonsnous, à dater du règne de Justinien 12 (PI. XI e).

2°) Quatre corbeaux (deuxième travée du vestibule), probablement contemporains des précédents, ont un profil en doucine plus classique et possèdent un balustre. Les feuilles d’acanthe sont aussi de la variété épineuse (PI. XXIII a).

3°) Le dernier corbeau, seul de son espèce (colonne N-O du porche), est tout différent des autres. La feuille d’acanthe y est remplacée par une feuille stylisée, sans folioles, et le palustre est très simplifié. Les parois latérales sont ornées de feuillages en forme de palmettes, indication très maladroite de feuilles de vigne. L’ensemble est assez grossier.

La porte d’entrée comporte trois linteaux successifs, étant donné la forte épaisseur du mur. Son encadrement est formé des deux parties d’une même colonne recoupée en longueur. Le seuil et le linteau de façade sont faits avec des pilastres de section rectangulaire. Tous ces éléments sont en marbre blanc et proviennent sans doute de l’ordonnance à laquelle ont appartenu les sept corbeaux byzantins. Colonnes et pilastres sont cannelés ; leurs cannelures sont pourvues d’une baguette sur une partie de la hauteur. Les deux autres linteaux de la même porte, sont également des remplois. Le deuxième, retaillé, n’est plus identifiable et le suivant, situé en parement intérieur du gros mur, en est à sa troisième utilisation, C’est une frise architrave qui a primitivement fait partie d’un monument païen. Elle a ensuite servi de linteau dans une basilique chrétienne. C’est de cette époque que date son décor sculpté, qui est d’une facture médiocre : un calice central flanqué d’enroulements et de feuilles de vigne. Aux deux extrémités du linteau se trouvaient des chrismes avec l’alpha et l’oméga 13 . Dans son état actuel, le décor a subsisté mais les chrismes ont été martelés par les maçons musulmans ; toutefois ce travail est resté inachevé car l’alpha du motif de droite a été épargné 14 .

Au-dessus de la porte, côté porche, une autre frise architravée en marbre est encastrée dans l’épaisseur du mur, laissant le soffite apparent. Son décor classique et sa bonne facture peuvent, comme l’a proposé Saladin, dater cet élément du règne de Trajan. Dans cette même façade, on remarque encore un poteau de cancel d’un type courant au VI8 s., également encastré dans la maçonnerie.

Dans la salle des prières, les colonnettes qui flanquent le mihrab sont faites de morceaux antiques remployés. Une base attaque de bonne époque, renversée, sert de chapiteau à la colon nette Est. Un socle polygonal mouluré, renversé lui aussi, remplit la même fonction à l’Ouest. Ces colonnettes reposent sur deux bases antiques de basse époque (PL X). Parmi les autres remplois retaillés qu’on retrouve dans différentes parties du monument, on arrive encore à identifier d’an- -ciens seuils de porte, des cancels et des fragments de corniche. Dans l’épaisseur d’un mur nous avons recueilli une corne de chapiteau corinthien et l’extrémité d’une patte de lion en marbre. Signalons ici que l’inscription lapidaire de Ziyadet Allah, située au-dessus de la porte de la tour vigie, a été gravée sur un bloc de marbre qui était originairement une grande base antique (Pi. XI b).

Nous pouvons tenter de classer ces éléments antiques :

1°) des éléments classiques qui peuyent appartenir à un monument du IIe siècle : fûts de colonne en porphyre et en granit rouge ou gris. Chapiteaux corinthiens, soffite décoré du porche, ‘premier emploi du troisième linteau de îa porte, base antique retaillée par Ziyadet Allah. Ces derniers sont en beau marbre blanc à patine ivoire ;

2°) des vestiges chrétiens de mauvaise facture : corbeau du porche, deuxième emploi du linteau de la porte (IVe ou Ve siècle) ;

3°) des éléments plus tardifs : corbeaux du porche et du vestibule, pilastres et colonnes cannelés à baguettes, poteaux de cancel (VIe siècle).

Nous fondant sur les données de la stratigraphie et l’étude des remplois, nous pourrons dire que le terrain sur lequel s’élève aujourd’hui le ribat de Sousse était occupé par des constructions romaines dès le premier siècle de notre ère. Un édifice, soigneusement construit, (peut-être un temple ?) a remplacé les maisons au cours du II6 siècle, probablement sous le règne de Trajan, au moment de l’érection de la cité en colonie. Une basilique a pu succéder à l’édifice païen à l’époque chrétienne, disparaître lors de la destruction d’Hunuricopolis 15 pour être reconstruite sous Justi-nien au cours de la campagne de grands travaux entreprise dans la ville sous son règne.

En tous cas elle aura été détruite à la conquête arabe par les cavaliers d’Okba lors de la prise de la « ville de fer ». Sur les arasements du monument antique, les Musulmans construisent, à l’époque de l’organisation de la conquête, un ribat dont nous verrons plus loin les transformations successives.

Tel qu’il est actuellement, le ribat de Sousse est un bâtiment à peu près carré, presque exactement orienté (PL I b). II est pourvu de tours rondes aux angles N-E, N-O et S-O, des tours semi-circulaires étant disposées au milieu des courtines Est, Ouest et Nord. A l’angle S-E se trouve la tour-vigie, élevée sur un socle en tronc de pyramide. L’entrée est aménagée au milieu de la façade Sud, dans une tour rectangulaire. On y accède aujourd’hui au moyen d’un escalier, protégé par un avant-corps construit en 1847. L’escalier aboutit au porche qui précède la porte, Cette dernière s’ouvre dans un vestibule flanqué, à l’Est et à l’Ouest, par deux salles des gardes et qui conduit à la cour centrale bordée de portiques. Des cellules sont disposées, au rez-de-chaussée, le long des murs de courtine. Un escalier à deux volées est accolé au portique Sud ; il mène au premier étage où l’on trouve une salle des prières et des cellules. Les terrasses du deuxième étage constituent le chemin de ronde; à ce niveau, on accède à la tour-vigie et à une chambre couverte d’une coupole, située au-dessus du porche.

3LE PORCHE D’ENTREE (PL IX)

L’enlèvement des badigeons qui recouvraient les murs et la dépose d’un plafond de bois faisant partie d’aménagements exécutés au début de ce siècle ont permis de rendre en partie à l’intérieur du porche son ancienne apparence.

Précisons d’abord qu’on entrait primitivement de plain-pied à l’intérieur du monument. L’escalier actuel a probablement été réalisé en deux fois, pour compenser la surélévation progressive du sol extérieur, La date de son achèvement est exactement connue. C’est un travail contemporain de l’avant-corps de 1847. Sa première moitié date très vraisemblablement du XVIIIe siècle, époque d’une restauration du monument dont nous traiterons par la suite.

La porte d’entrée est surmontée d’un, arc en grand appareil déchargeant le linteau ; le tympan aveugle est en retrait sur la façade, Le décapage des parois a expliqué la présence, au-dessus de l’arc, du soffite antique, dont le rôle n’est pas purement décoratif. Une niche rectangulaire a été découverte immédiatement au-dessus de lui ; remplie de pierraille et de terre, elle disparaissait sous le badigeon. Son linteau est formé d’un poteau de cancel antique ( 16 ), dont la face moulurée affleure le parement du mur tandis qu’une autre face, portant feuillure, se retourne à l’intérieur de la niche. La frise architravée à laquelle appartient le soffite a été retaillée. On y a creusé une feuillure à l’aplomb de cède du linteau.

Ce que nous avons là est l’emplacement d’une inscription dédicatoire, gravée sur une plaque de marbre ou de calcaire dur engagée dans les feuillures du poteau de cancel et de la frise architravée. Sa largeur exacte n’est pas connue ; elle était comprise entre 0,73 et 0,80 ; la hauteur était de 0,915 et l’épaisseur, déduite de la largeur de la feuillure inférieure, ne dépassait pas 6 cm. A droite et à gauche de la plaque figuraient deux poteaux de cancel qui complétaient son encadrement. Ces poteaux ont disparu mais l’empreinte de la mouluration de l’un d’eux, celui de l’Est, subsiste sur le mortier dont la niche était revêtue. Celui de l’Ouest n’a pas laissé d’empreinte mais il a probablement existé ; sinon la plaque eût été fortement décalée par rapport à Taxe de l’entrée ( 17 ) (PI. XII d). Ce qui précède explique la proportion de l’ouverture d’accès au porche, très allongée en hauteur, qui a été calculée exactement pour ne pas masquer l’inscription aux yeux des passants. La paroi dans laquelle s’ouvre la porte d’entrée est revêtue de moellons taillés ; les trois autres faces du porche et les arcs sont en grand appareil. Ces maté’ riaux, apparents à l’origine, étaient soulignés par des joints « ruban » en légère saillie et portant un trait incisé à la truelle ( 18 ). L’arc sur colonnes qui précède immédiatement la porte est écarté de. 0 m. Î6 du mur de façade du ribat et supporte un mur indépendant. Le vide ainsi réservé atteste l’emploi d’une herse (PL XXII d).

L’enlèvement du plafond en bois a révélé l’existence du dispositif de défense de îa porte d’entrée. C’est un ensemble de mâchicoulis constitué par des fentes parallèles séparées par des arcs en pierre ( 19 ) (PL XXII a).

3EDICULE AU-DESSUS DU PORCHE (PL XVIII b c d; PL XIX b).

Les fentes du mâchicoulis s’ouvrent dans le sol de Fédicule à coupole construit au-dessus du porche au niveau du chemin de ronde. On y remarque également une ouverture supplémentairecorrespondant à {’emplacement de la herse qui était manœuvrée à ce niveau. La destination purement militaire de ce petit ouvrage, diversement interprété jusqu’ici ( 20 ), se trouve ainsi établie. C’est l’abri des défenseurs de l’entrée, chargés de neutraliser les assaillants parvenus sous le porche. Lors de la désaffectation du ribat en tant qu ouvrage défensif, les mâchicoulis, devenus inuti» les, ont été rebouchés au moyen de petites dallas de pierre et de branchages ; l’ensemble a été ensuite recouvert d’une couche de chaux de 20 cm. d’épaisseur.

L’édicule a subi en outre bien d’autres modifications. II nou3 est parvenu tronqué, car sa façade primitive a disparu» entraînant avec elle une partie de la coupole elle-même (PL XIII c d), Le nouveau mur qui l’a remplacée a été construit sur l’arc séparant la première fente du mâchicoulis de îa seconde, donc très en retrait de son ancien alignement (PL VII» coupe e), La chambre, carrée à l’origine, communiquait avec l’extérieur au moyen de trois portes ouvertes dans ses façades Est, Ouest et Nord. On peut supposer que la façade Sud, directement exposée aux coups de l’ennemi, ne comportait qu’une étroite ouverture comparable à celles de la salle des prières. La porte Ouest a été rebouchée à l’époque de la réfection que nous avons mentionnée plus haut. Celle du Nord a été transformée en une fenêtre qui a elle-même connu depuis trois états successifs. La porte Nord primitive était surmontée d’un arc en forte saillie soutenu par deux eolonnettes qui ont disparu depuis longtemps ( 21 ). Les murs sont construits en moellons taillés, avec des chaînes d’angle et des encadrements de baie en pierre de taille, matériau qui a servi également pour les linteaux, les arcs et la corniche. Celle-ci, profilée en chanfrein (PL XIV b), couronne les façades au-dessus desquelles s’élève le tambour à faces concaves qui porte la coupole.

Une inscription dédicatoire figurait à l’origine sur le tambour dans Taxe de la porte Nord, Tout comme celle du porche, la plaque gravée a disparu. Le défoncement rectangulaire dans lequel elle était encastrée a été rebouché avec de petites pierres.

La coupole, semi-sphérique, repose sur les murs de la chambre et sur quatre trompes d’angle (PL XI a) dont les arcs de tête sont constitués par des claveaux très maladroitement appareillés. Les culs de four eux-mêmes sont en maçonnerie enduite de chaux. Des arcs de décharge sont bandés entre les trompes. Leurs naissances reposent sur des corbelets à profil en cavet (PL XIV b}, qui reçoivent également les arcs de tête des trompes. Au centre de l’intrados de la coupole, on distingue un motif décoratif constitué par une étoile à huit branches tracée à la peinture rouge (PL XIV c). Elle est ceinturée par une bande peinte de la même couleur, ornée de carrés sur la pointe exécutés en défoncé.

3LE VESTIBULE

Ici encore, le décapage des badigeons et des enduits a donné des résultats particulièrement instructifs. La voûte d’arêtes qui couvre la première travée du vestibule est d’une conception tout à fait particulière (PL VII b). Elle est formée par l’intersection de deux berceaux surbaissés. Quatre nervures en pierre de taille, disposées aux arêtes, viennent buter contre une clef carrée, ornée d’un anneau en creux. Le remplissage des quartiers de la voûte est constitué par des moellons taillés. Les nervures épousent exactement la forme des arêtes d’une voûte ordinaire et affleurent l’intrados. Les difficultés d’assemblage des moellons sur les arêtes ont ainsi été évitées. L’ossature portante constituée par les nervures et la clef, a été montée en premier, le remplissage étant effectué ensuite au moyen d’un coffrage très simplifié ( 22 ). Cette voûte présente certains point» communs avec la voûte sur croisée d’ogives. Si dans certains cas la nervure gothique, complètement indépendante des voûtains, pouvait disparaître sans entraîner la ruine de l’ensemble, il en est d’autres où les claveaux, reposant dans une feuillure aménagée dans l’ogive était rendus solidaires de l’ossature portante. A cela près que les voûtains sont ici comprimés entre les nervures au lieu de reposer dessus, îe principe est le même. Si l’architecte musulman a essayé par ce moyen de tourner certaines difficultés de construction de la voûte d’arêtes, il n’est pas douteux qu’il ait eu également en vue la recherche d’un effet décoratif auquel nous sommes d’autant plus sensibles qu’il Fa trouvé dans l’affirmation de la structure.

Non seulement tous les joints sont soulignés par des « rubans » de mortier mais encore le même procédé est étendu aux arêtes des pierres et même à l’anneau en creux de la clef.

Les nervures d’arêtes prennent naissance à l’intersection des gros murs du vestibule, les arcs sur colonnes ayant été montés après l’achèvement de la voûte. L’arc Nord sur colonnes a partiellement dissimulé le motif décorant la clef de l’arc sur piliers contre lequel il est appliqué. C’était un anneau semblable à celui de la clef de voûte. Les claveaux de ces deux arcs Nord sont ornés chacun d’un motif en forme de merlon sassanide, “de même saillie que les « rubans 5) ( 23 ) (PL XXII a). La face opposée de l’arc sur piliers est décorée de dents de scie.

Sur Ses murs Est et Ouest de la première travée du vestibule on remarque, au-dessus des larges ouvertures donnant sur les salles des gardes, deux cartouches carrés en chaux lissée, exécutés en même temps que les « rubans » des joints. Ils portaient des inscriptions au pinceau tracées à la peinture rouge, très effacées aujourd’hui. Des dents de scie, peintes également, surmontent les inscriptions. Malgré leur mauvais état de conservation, M. Zbiss a pu y déchiffrer le début du texte dit du « Trône » qu’on lit habituellement pour écarter les dangers ( 24 ).

Les deux salles des gardes sont couvertes de voûtes en berceau construites en moellons taillés à joints ruban. Un carré quadrilobé en défoncé figure sur l’intrados au centre de la voûte Ouest ; on y distingue encore les traces d’une peinture rouge (PL XII a). De part et d’autre du carré, des motifs ont été dessinés au moyen de moellons alignés : au Nord un rectangle et au Sud un carré avec l’indication des diagonales.

La voûte Est est plus simple : son unique décor central est un anneau en creux. Les parois opposées aux ouvertures sont pourvues de nombreuses niches plates, rectangulaires ou surmontées d’un arc. Le mur de la salle Est est en outre décoré d’une rosace à huit branches (PL XXII c), sculptée en creux dans une pierre carrée située dans l’axe de la pièce, au-dessus des niches. Dans la salle Ouest, la rosace est remplacée par une simple niche plate circulaire (PL XXIII b).

4LES CELLULES DU REZ-DE-CHAUSSEE (Pi. i   b et pi. II).

L’aile Sud comprend au rez-de-chaussée sept chambres dont les portes s’ouvrent sur un portique de deux travées. Les pièces d’angle sont commandées par les cellules adjacentes des ailes Est et Ouest. Toutes ces pièces, fort sombres et mal aérées, sont impropres à l’habitation. Elles ont servi dès l’origine de magasins ou de dépôts ( 25 ).

Vingt-six cellules sont réparties dans les trois autres ailes. Elles étaient primitivement toutes destinées à être habitées, mais quatre d’entre elles ont été transformées par la suite : celle qui porte le n° 31 de notre plan (PL I b) est devenue une salle de propreté; une porte a été percée en même temps pour assurer une communication avec la cellule 30 aménagée en hammam. La porte de cette dernière pièce a été transformée en fenêtre par la construction d’une allège. La cellule 10 contient aujourd’hui un escalier ( 26 ) et la cellule 24 des latrines. Il ne subsiste rien des latrines primitives dont nous avons vainement cherché des vestiges dans les pièces d’angle ( 27 ).

Les portes ont conservé leur aspect primitif dans les ailes Ouest et Sud, celles des deux autres ailes ont été pour la plupart transformées. Les portes anciennes du rez-de-chaussée n’ont pas d’arcs de décharge ; leurs linteaux sont des poutres de pierre dure souvent fort minces et dont la plupart ont disparu. Les murs sur cour étant construits en grand appareil, cette disparition n’a pas provoqué d’effondrements : les blocs de pierre situés au-dessus des portes ont tenu par simple frottement.

II faut signaler une particularité de la porte de la cellule 17. Elle était primitivement flanquée de deux colonnettes en partie encastrées dans les tableaux, qui gardent encore les traces de cette disposition ( 28 ).

Comme nous l’avons vu plus haut, le sol primitif des cellules était un simple béton de chaux. Le niveau du sol actuel, très surélevé, résulte de l’accumulation de terre et de détritus. Les banquettes de couchage, qui se trouvent dans la plupart des cellules des ailes E, O et N, ne font pas partie du premier état du ribat. Leur construction est néanmoins ancienne.

4LES PORTIQUES

Les portiques Sud et Ouest sont contemporains du premier état du monument.

Le portique Sud a deux travées en profondeur, disposition commandée par le plan du premier étage. Ces deux travées sont voûtées en berceau sur doubleaux. Les berceaux sont parallèles aux façades. La travée extérieure est limitée par une série d’arcs en plein cintre reposant sur six colonnes antiques sans chapiteaux et sur des piles de grand appareil. Ces colonnes, qu’on n’a pas voulu recouper, ont leur pied à 70 cm. en contrebas du sol. Elles reposent à ce niveau sur des bases attiques en marbre blanc qui ont appartenu jadis à des colonnes d’un diamètre bien supérieur. La poussée au vide du berceau n’est que partiellement contrebutée par les escaliers construits devant le portique. Dans la partie centrale, où ce soutien est inexistant, les arcs et le mur qu’ils supportent se déversent vers l’extérieur. Les doubleaux de cette travée n’ont qu’un point d’appui vertical sur deux (PI. XXIV). Leur utilité est donc nulle. Nous avons cru au début, comme M. Creswell, que les escaliers avaient été construits à une époque plus récente ( 29 ). Le décapage nous a montré qu’il n’en était rien. Tout se passe comme si on les avait oubliés dans la conception de l’ensemble et qu’on les ait construits là faute de leur trouver une autre place ; fort heureusement du reste, car sans eux les voûtes de la première travée se seraient effondrées depuis longtemps. Cette curieuse disposition n’est pas unique. Il en existe un exemple dans un monument omeiyade de Syrie ( 30 ),

Le portique Ouest comporte cinq ouvertures en plein cintre (PI. XXÏ b). Deux arcs seulement appartiennent en totalité à l’état premier ( 31 ), les autres ayant été plus ou moins refaits ou réparés à une époque plus récente. On reconnaît ces derniers, sans erreur possible, à la différence d’appareil et au fait qu’ils ont été reconstruits avec un léger outrepassement. Ce portique est couvert au moyen de berceaux perpendiculaires aux façades. Leur charge est transmise par des arcs en plein cintre au mur extérieur des cellules et aux piles de l’arcade. Celles-si sont trop minces pour absorber la poussée qu’elles reçoivent, ce qui explique le déversement général de la façade et les différents travaux confortatifs anciens qu’on y remarque.

L’étude de leurs fondations nous a montré que les portiques Nord et Est étaient primitivement semblables à celui que nous venons de décrire. Ils se sont un jour écroulés entièrement et ont été reconstruits dans un style différent (PL XX B et XXI c). Les arcs de fiçade sont légèrempnt brisés et outrepassés et se raccordent aux piliers par des sommiers moulurés. Les arcs perpendiculaires sont en fer à cheval. Ils sont couverts de voûtes d’arêtes en blocage (PI. XXVI), les naissances des arêtes étant seules en pierre de taille. Sur les enduits on a retrouvé des traces de peinture imitant le marbre. A l’angle N-E toutefois, les anciennes voûtes en berceau ont été conservés suï deux travées.

La façade de ces portiques est décorée d’une plate-bande qui court au-dessus des arcs. Elle est interrompue dans l’axe de chaque pile par une console moulurée décorée de cabochons émaillés (PL XIV b). Une inscription lapidaire en relief figure sur la plate-bande du portique Est, au-dessus de l’arc central. Elle indique les noms du maçon, du régisseur des travaux et la date de la cons­truction ( 32 ). L’inscription du portique Nord a disparu. Elle était gravée sur une plaque de marbre, dont subsiste encore l’encadrement mouluré.

5PREMIER ETAGE (PL III).

Sauf sur l’aile Sud, entièrement réservée à la salle des prières, le premier étage est occupé par des cellules d’habitation, dont une a été transformée en latrines. A l’angle N-E, une pièce plus grande que les autres a été constituée par la réunion de deux cellules normales.

La façade de l’aile Nord ayant été entièrement refaite au XVIIIe s., on ne retrouve certaines
portes primitives que dans les deux autres ailes. Elles étaient surmontées d’arcs de décharge à tympans aveugles en retrait.    

A une époque tout à fait récente, ces tympans ont été percés pour augmenter l’éclairage des pièces. Une banquette de couchage existe dans chacune des cellules, qui comportent également une niche à lampe. Des niches plus importantes se trouvent en outre dans certaines d’entre elles.

Toutes les cellules sont voûtées en berceau. Les murs, en grand appareil ou en moellons, sont pourvus de joints ruban jusqu’à la naissance des voûtes. Les trous de solives destinés à recevoir les poutres basses des cintres qui ont servi au montage des berceaux n’ont jamais été rebouchés.

5LA SALLE DES PRIERES

La salle des prières a comporté plusieurs états successifs qui n’ont pas apporté de modifications sensibles à son plan (PL III) mais qui, par contre, ont transformé l’aspect de son sol, de ses voûtes et de ses parois.

5.0.1Premier état

C’est à l’origine une longue pièce rectangulaire à deux travées, celle du Sud étant plus large que celle du Nord. Exactement au milieu du mur Sud se trouve le mihrab, à niche semi-circulaire terminée par un cul de four (PI. X). Deux colonnettes supportent l’arc de tête, en plein cintre surélevé. Onze nefs égales divisent la salle dans sa longueur. Quatre portes s’ouvrent dans la façade donnant sur la cour. Le mur Sud est percé de six minces ouvertures ébrasées, le mur Est de deux autres ; le mur Ouest n’en comporte aucune. Les points d’appui sont constitués par des piliers cruciformes, les arcs Nord-Sud retombant par ailleurs sur des têtes en saillie. Il faut remarquer que la travée du mihrab n’est pas plus large que les autres. La salie est couverte de onze voûtes en berceau orientées Nord-Sud. Les arcs séparant les nefs sont en plein cintre dans îa travée étroite et en anse de panier à trois centres dans la travée large. On a ainsi pu leur donner une hauteur identique (PL XVI c).

Les murs Est et Ouest sont en pierre de taille apparente, de même que les arcs, linteaux, piliers, têtes et encadrements de toutes les ouvertures. Le mur Nord et les voûtes sont en moellons taillés. Le gros mur du Sud est de construction mixte ; formé de pierres de taille sur la plus grande partie de son épaisseur, il est revêtu intérieurement de moellons taillés (PL XII e).

Les portes, de Forme rectangulaire, ont 1,20 de largeur sur 1,90 de hauteur, les linteaux monolithes sont surmontés d’arcs de décharge avec tympans aveugles en retrait sur la façade. Des colonnettes à demi encastrées dans les tableaux soulageaient les linteaux (dont la portée se trouvait ainsi réduite à 0 m. 90) et enrichissaient l’aspect de la façade; toutes ces coîonnettes ont disparu, mais l’une d’entre elles était remployée à l’angle S-O de I’avant-corps de 1847. Une épaisse couche de badigeon rendait le chapiteau méconnaissable ; il était par ailleurs très abîmé et on l’avait retaillé pour le mieux adapter à sa nouvelle situation. Il s’agit là d’un de ces chapiteaux à foliole centrale, comparable ( 33 ) à ceux qui ornent le tambour de la Grande Mosquée de Kai-rouan (PL XV b). II est en marbre blanc. Le fût, de même matière, provient d’une colonne antique raccourcie. La base, en grès tendre, est du même type que celle des colonnettes du mihrab. L’identification du premier emplacement de l’ensemble ne fait pas de doute : le diamètre de îa colonne correspond à l’entaille réservée dans le tableau de la porte et la hauteur totale est bien celle de l’ouverture. La démolition des linteaux primitifs et des tympans nous prive très probablement d’une inscription de plus. Nous avons vu, en effet, que chaque partie importante du monument portait son inscription individuelle. II en était sans doute de même pour la salle des prières, où cette inscription se trouvait peut-être gravée sur le linteau d’une des portes ou bien sur une plaque encastrée dans un tympan.

Les ouvertures du mur Sud mesurent, en façade, 0,20 de largeur pour une hauteur de 1 m. 00. L’ébrasement latéral leur donne de 0,72 à 0,88 au parement intérieur, où la hauteur passe à 1,06, par suite de l’inclinaison de l’appui vers la salle. Nous montrerons plus loin que ces baies, considérées jadis comme des archères ( 34 ), ne sont en fait que des ouvertures d’éclairage. La dernière travée de l’Ouest était éclairée artificiellement au moyen d’une lampe disposée dans une niche aménagée dans une face du dernier pilier cruciforme.

Comme dans le vestibule, toutes les parois sont ici laissées apparentes, sauf les ébrasements des baies Sud qui ont été enduits dès l’origine à la chaux lissée. Des « rubans » en chaux grasse mélangée à du plâtre constituent l’unique ornementation. Ces rubans sont appliqués sur tous les joints des pierres ou des moellons. Ce sont des bandes en légère saillie, elles mesurent de 3 cm, 5 à 6 cm. de largeur ( 35 ). La plupart du temps, un simple trait incisé figure au milieu du ruban ; iî est parfois remplacé par des incisions représentant des chevrons, des dents de scie ou des lignes brisées se recoupant en carrés ou en losanges. Les arêtes des arcs et des piliers sont bordées de rubans analogues. Cette décoration est dans son ensemble nettement moins soignée que celle du vestibule. Un effort particulier a pourtant été fait pour le mihrab (PL XXVIII). Les moellons n’y sont pas posés au hasard. On remarque dans la nicha des assises plus hautes que les autres, dont les moellons ont tous la même largeur. L’élément principal du décor est une bande horizontale de chaux grasse portant des carrés sur la pointe ( 36 ), recoupée par une ligne qui les décompose en triangles ; ces derniers sont alternativement peints en bleu et en rouge ( 37 ).

L’arc de tête porte les traces d’une large bande d’enduit qui en bordait l’arête, mais ce n’est pas un vestige de l’état primitif. A l’origine il y avait là des joints-ruban comme partout ailleurs.

Notons en passant que le tracé du cul de four est très maladroit. A l’Ouest de la niche, on distingue encore sur le mur un motif affectant la forme d’un A majuscule aux jambages écartés, qui fait penser à un niveau de maçon (PL X). Au-dessus de l’arc de tête du mihrab, sur le parement du mur en moellons se trouvent quatre motifs en défoncé (PL XXX) ; ce sont des losanges à gradins, dont le plus grand est exactement dans l’axe de la niche ( 38 ). L’ensemble est asymétrique ;; un cinquième losange manque à l’Ouest de l’axe pour équilibrer le losange intermédiaire de l’Est. Aucune trace ne permet d’expliquer cette anomalie par un remaniement de la paroi.

Sur la même paroi, vers le milieu de la travée suivant à l’Est celle du mihrab, on a retrouvé un losange à gradins semblable aux précédents, mais nous ne pouvons plus savoir s’il en existait une répétition à la travée symétrique Ouest, toute cette paroi ayant subi des transformations, comme nous le verrons plus loin.

La voûte en berceau de la travée du mihrab comporte un décor analogue à ceux de la saîîe des gardes Ouest (PL XII c).

Les linteaux des baies d’éclairage du Sud sont décorés de chevrons ou losanges dessinés avec des rubans d’une façon particulièrement malhabile (PL XII f) ( 39 ).

Un cartouche rectangulaire formé d’une plaque de chaux appliquée sur le mur Sud porte une inscription à l’encre noire qui n’est autre que le texte du Trône que nous avons déjà rencontré dans le vestibule ( 40 ).

5.0.2Deuxième état

Quand l’utilisation militaire du monument cessa, une porte de communication directe avec l’extérieur fut percée dans la travée suivant immédiatement à l’Ouest celle du mihrab. Cela implique forcément l’existence d’un escalier extérieur pour rattraper la dénivellation importante entre la rue et la salle des prières. Comme il n’en existe plus aucune trace sur les murs de façade, nous pouvons en conclure qu’il s’agissait d’un escalier en bois. Dans l’épaisseur du mur, on descend trois marches en pierre avant d’arriver à un palier dont la largeur était calculée pour permettre d’ouvrir à l’intérieur les deux battants de la porte dont les trous des crapaudines subsistent encore. Nous ignorerons toujours quel pouvait être l’aspect extérieur de l’ouverture, car celle-ci a été exhaussée au début du XXe siècle, ce travail faisant disparaître tout ce qui subsistait des dispositions primitives. Les tableaux de l’ouverture sont enduits de chaux suivant une technique analogue à celle employée pour les enduits les plus anciens du monument. C’est ce qui nous incline à penser que cette transformation n’est pas postérieure à la fin du IX” s. ( 41 ) – car c’est alors qu’on a recouvert d’un premier revêtement de chaux grasse pure, lissée à la truelle métallique, toutes les parois de la salle des prières. 11 présente une surface unie et brillante qui a acquis une patine de teinte ivoire. Ce deuxième état de la salle des prières a suivi le premier d’assez près car les pierres et les rubans n’ont pas eu le temps de se patiner beaucoup.

5.0.3Troisième état

L’enduit lissé a subsisté plus longtemps que le décor primitif mais il était trop mince et s’est faïence puis décollé par plaques en de nombreux endroits. Il a été remplacé alors par un revêtement tout différent, plus épais et pour lequel on a mélangé du sable à la chaux, ce qui lui a donné une apparence plus granuleuse. Au cours de la même campagne de travaux le béton de chaux du sol primitif, très dégradé par l’usure, a été recouvert d’un dallage en carreaux de terre cuite ( 42 ).

5.0.4Quatrième état

C’est celui où apparaissent les premiers badigeonnages à la chaux dont les couches successives ont recouvert depuis toutes les parois du ribat d’une croûte épaisse ( 43 ),

5.0.5Cinquième état

C’est à la fin du XIX6 s, et au début du XXe que la salle des prières a pris l’aspect qu’en ont pu voir les premiers archéologues. Les linteaux et tympans des portes n’existent plus (PL XIII a) et les colonnettes ont disparu en même temps. Une grande baie est percée dans le mur Nord, causant la suppression du deuxième escalier d’accès aux terrasses. Deux autres ouvertures sont aménagées dans le mur Sud, l’une d’elles se superposant à l’ancienne porte, rebouchée sans doute depuis quelque temps déjà. Un dallage en marbre recouvre le sol dont le niveau est à ce moment de 15 cm. plus élevé qu’à l’époque de la construction.

Plusieurs graffiti à la plume ou à la pointe ont été relevés au cours des décapages, notamment sur les enduits de l’êbrasernent d’une baie d’éclairage ( 44 ).

6LE DEUXIEME ETAGE (PL IV).

C’est celui des terrasses supérieures, qui formaient le chemin de ronde. On y accédait au moyen de deux escaliers, dont un seul subsiste encore.

A ce niveau, des chambres, aménagées dans la partie haute des tours d’angle et des tours intermédiaires, s’ouvrent sur la terrasse. Ces chambres ont été plusieurs fois remaniées. On n’en devine pas l’utilisation. Dans celle de la tour S-O, nous reconnaissons deux ouvertures ébrasées, fen” tes de guet ou archères, toutes deux rebouchées au cours d’une réfection des superstructures ( 45 ). Une ouverture carrée, ménagée dans la voûte, s’ouvre sur la plate-forme, à laquelle on accède au moyen de deux escaliers bien conservés.

La tour N-O est assez semblable ; elle possède une ouverture ancienne, également rebouchée. La tour intermédiaire de l’Est est tout entière incorporée dans une construction moderne accolée au ribat. Nous ne reviendrons pas sur Fédicule à coupole qui a déjà été décrit.

À l’angle S-E s’élève, sur une plate-forme surélevée de trois marches, îa tour vigie. Ses murs sont en pierre de taille et décorés de joints-ruban à l’intérieur et à l’extérieur. L’escalier en colimaçon est composé de marches monolithes en pierre dure ( 46 ). Ce sont des parallélépipèdes rectangles encastrés par un angle dans un noyau central cylindrique en pierre. Il est éclairé par trois étroites ouvertures ébrasées. On peut encore distinguer sur le parement intérieur du mur quelques caractères arabes d’une inscription lapidaire. Il s’agit d’une pierre remployée.

Le lanternon est tout entier d’une époque beaucoup plus récente (probablement du XVIIIe s.). La coupole qui le surmonte est formée d’un cul de jarre en terre cuite recouvert d’un mortier de chaux ( 47 ). Deux cordons comportant une moulure en congé sont les seuls ornements de la tour. L’inscription de Ziyadet Allah surmonte la porte d’entrée, qui n’a pas plus de 1 m. 42 de hauteur.

7LES INSTALLATIONS HYDRAULIQUES

Le grand puits central de la cour fait partie de la première campagne de construction, II est bâti en pierre de taille. Son tracé n’est pas tout à fait circulaire ; il a la forme d’une ellipse dont les axes mesurent 2 m. 20 et 2 m. 05, irrégularité trop faible pour avoir été intentionnelle. La partie supérieure de la margelle a disparu et l’ouverture a été rebouchée à une date inconnue avec des dalles de pierre, dont l’une est une colonne antique refendue. Lors de la construction du bâtiment, les eaux pluviales reçues par les terrasses du second étage, étaient évacuées au dehors, vraisemblablement au moyen de gargouilles en pierre qui ont rapidement diparu, car nous trouvons à leurs emplacements de simples trous dans les acrotères ( 48 ). L’eau a profondément raviné le parement des murs à l’aplomb de ces ouvertures.

Les eaux pluviales des galeries du premier étage étaient recueillies au rez-de-chaussée par des caniveaux de section rectangulaire, enterrés et couverts de petites dalles. Ils aboutissaient à des puisards à fond perdu en forme de silo, construits en pierre sèche, dont nous avons retrouvé un exemplaire bien conservé à l’angle S-0 de la cour (PL XIII b).

A l’Est, une partie des eaux était évacuée à l’extérieur du monument au moyen de caniveaux semblables ; l’un d’eux passe dans la cellule 12, l’autre dans la cellule 8 (PL IS). Ce dernier servait à l’évacuation des eaux du bassin en maçonnerie aménagé sous l’escalier de l’Est et qui dans îe premier état de l’édifice, était sans doute réservé aux ablutions. Il ne faut pourtant pas écarter l’hypothèse de l’abreuvoir puisqu’ au IXe s. on pouvait pénétrer de plaih-pied dans la cour.

Après avoir décrit les installations primitives, examinons Ses améliorations apportées au cours des temps. Les cellules 30 et 31 ont été transformées au XVIII8 s. en salles de propreté. Dans la cellule 31 se trouve un pédiluve en pierre dure, alimenté par un puits qui nous est parvenu intact avec ses installations annexes. Dans les jambages en maçonnerie, qui supportent en-core le rondin en bois autour duquel s’enroule la corde du puits» se trouvent encastrées deux cu-vettes en pierre dure dans lesquelles on vidait les seaux. Celle de l’Est, percée d’un trou, alimente directement le pédiluve, celle de l’Ouest est raccordée à une canalisation en terre cuite qui court le long du gros mur et pénètre dans la cellule 30. Cette pièce est un hammam dont la chaudière subsiste encore. C’est à cette dernière qu’aboutit le tuyau de terre cuite. Chacune de ces cellules est pourvue d’une banquette en maçonnerie. Au XIX” s., une fontaine publique a été aménagée dans l’avant-corps de 1847. Nous devons supposer qu’il existait avant cela, dans les mêmes parages, un bassin où l’on pût faire les ablutions rituelles, à l’époque où l’on accédait directement de la rue à la salle des prières.

Les latrines situées dans la cellule 24 et celle qui lui correspond au premier étage sont des installations modernes dont le démontage a montré qu’elles avaient été superposées à des latrines du XVIIIe s. Au rez-de-chaussée on a dégagé quatre sièges à la turque se faisant vis-à-vis. Ce sont des dalles de calcaire surélevées comportant une fente centrale. Le collecteur, de section carrée, est enduit intérieurement avec un mortier de cendre. Il aboutit à une fosse à fond perdu creusée à l’angle des portiques Ouest et Nord.

8LA DATATION

La stratigraphie nous a montré qu’il existait, au-dessus du sol byzantin, deux niveaux musulmans distants l’un de l’autre de 50 cm. Ces deux sols en béton de chaux sont en relation directe avec le gros œuvre du bâtiment, se raccordant dans les deux cas avec ses murs. Les joints-ruban apparaissent sur les parois, immédiatement au-dessus du sol le plus profond.

L’accumulation des terres entre ces deux niveaux n’implique pas l’abandon de l’édifice pendant une certaine période. La cote du sol des cellules du rez-de-chaussée n’a jamais cessé de s’élever tout au long de l’histoire du ribat les niveaux différents auxquels s’arrêtent sur les murs les couches successives de badigeon de chaux en témoignent. Le seul endroit où l’on a été contraint de conserver un niveau constant est la première travée du vestibule où la cuvette de développement des vantaux de la porte rendait ce maintien obligatoire.

Au niveau musulman le plus profond, deux lampes arabes, du modèle le plus ancien qu’on connaisse en Tunisie, ont été recueillies (PL XI c). On ne saurait toutefois les dater avec précision. Les tessons de poterie qui les accompagnent sont tous des morceaux d’une poterie grossière et très épaisse, en tous points comparables à ceux qui ont servi de cales entre les blocs superposés de grand appareil des murs et qu’on peut voir encore en place là où les joints ruban ont disparu.

Le sondage pratiqué dans la cellule d’angle S-E (n° 7) révèle que le sol bétonné le plus profond a été détruit pour permettre d’édifier les fondations du socle de la tour-vigie. Celle-ci n’existait donc pas encore dans l’êtât le plus ancien du monument, qui comportait alors, sans nul doute, à cet emplacement une tour d’angle circulaire normale. La tour de guet, datée avec certitude par l’inscription lapidaire de Ziyadet Allah (821), nous fournit en même temps la date du sol bétonné le plus haut, qui en est contemporain.

Nous allons essayer de déterminer la date de construction de l’ouvrage correspondant au sol inférieur. Il nous faut tout d’abord éliminer les deux premiers émirs de la dynastie aghlabite pour tenir compte du laps de temps nécessaire à l’accumulation de la couche de terre entre les deux sols bétonnés. Ces émirs semblent du reste avoir consacré toute leur activité de bâtisseurs à l’édification d’Al Abbassiya et n’ont laissé nulle trace de travaux à Kairouan ou à Sousse. En outre, le plan type d’un ribat à tour-vigie a déjà pris sa forme définitive à Monastir dès 796, soit quatre ans avant l’accession de la dynastie au pouvoir. Le premier monument musulman ne peut donc être postérieur à cette date. On a très justement remarqué que la tour-vigie de Monastir, plus trapue, était un premier essai dont on se serait inspiré pour celle de Sousse, plus élancée et dont la modénature est plus évoluée.

L’antériorité du gros œuvre de Sousse, nous paraît en revanche confirmée par la comparaison des joints-ruban qu’on retrouve à Monastir aussi bien dans le monument du VIIIe s, que dans une annexe qui ne saurait être antérieure au milieu du IXe. On admettra sans difficulté que les modèles les plus proches de l’antiquité romaine sont les plus anciens ; c’est le cas pour le ribat de Sousse, car les joints s’élargissent beaucoup en 796 à Monastir pour devenir encore plus importants au IX* s.

Il convient de manier avec une grande circonspection la métrologie lorsqu’il s’agit de monuments musulmans ; pourtant nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que la mesure unitaire qui revient à chaque instant à Sousse est une coudée de 0.44 ( 49 ) donc toute proche de la coudée romaine (443). Or les recherches de M. G. Marçais ont montré que les premier» Aghlabites employaient déjà une coudée plus courte de 2 cm. ( 50 ).

Nous admettrons donc que le ribat de Sousse, est dans son premier état, antérieur à 7%. C’est alors un fortin qui ne diffère en rien dans ses grandes lignes de bâtiments analogues de Syrie et d’Iran. Il ne joue pas encore un rôle de poste-vigie, c’est pourquoi on ne l’a pas construit au point culminant du site. L’adjonction en 821 de la tour de guet n’est qu’une solution de fortune à laquelle on remédiera définitivement en 859 en élevant la tour de Khalef au point le plus favorable de la ville, celui de la Qaçba actuelle (PI. I a).

Pour tenter de préciser la date de construction du premier fortin, nous en comparerons le plan avec ceux de bâtiments fortifiés du Proche-Orient. Le critère chronologique le plus net est la disposition des portes d’entrée et de leurs défenses.

Dans les monuments omeyiades les plus anciens prévaut encore le plan des castella romains où l’on trouve des tours demi-circulaires de part et d’autre de la porte ( 51 ). Nous avons indiqué sur notre dessin les étapes de l’évolution qui aboutit au dispositif d’Atshan ( 52 ) daté de 775 par M. Creswell, pour des raisons qui paraissent excellentes (PL XV a). Le dispositif de Sousse, qui en dérive directement, comporte une amélioration sensible : l’emplacement de la rainure de herse ( 53 ) est plus rationnel, ce qui autorise à supposer que le ribat est postérieur à 775.

Nous arrivons ainsi à fixer sa construction au dernier quart du VIIIa s., ou, plus précisément, entre 775 et 796. Etant donné l’épaisseur de terre accumulée entre le sol correspondant à la première construction et celui de 821, il faut se rapprocher de la date limite la plus ancienne. Or, précisément à cette époque, un gouverneur particulièrement marquant présidait aux destinées de l’Ifriqiya : Yazid Ben Hatim (771-788) ( 54 ), qui reconstruisit la Grande Mosquée de Kairouan en 774. Il est probablement l’auteur du premier fortin et c’est son nom ou celui du calife abasside correspondant à cette période que nous aurions retrouvé sur l’inscription dédica-toire qui surmontait la porte d’entrée si elle nous était parvenue. Cette inscription, apposée lors de l’achèvement du gros œuvre, et celle de la Koubba, qui se rapporte sans doute à l’ensemble du dispositif de défense de la porte ( 55 ), ont vraisemblablement été enlevées par Ziyadet Allah, qui supprimait ainsi la trace du travail de ses devanciers. Ce serait assez bien dans la ligne de conduite de cet orgueilleux personnage qui plus tard, à Kairouan, nous rapporte El Bekri « ne voulait pas voir de travail qui ne serait pas de lui ». On nous a montré récemment avec quelle circonspection il faut aborder les textes mentionnant la construction de certains monuments ( 56 ). Il s’agit bien souvent, en effet, de simples remises en état. Les vantardises de Ziyadet Allah, lorsqu’il énumère les réalisations qui doivent lui valoir la clémence divine doivent» en ce qui concerne le ribat de Sousse, être interprétées de cette manière.

Pour résumer, nous dirons que le ribat de Sousse a été construit, lors de l’aménagement de la conquête, par un gouverneur abbasside particulièrement réalisateur. C’est un fortin du type d’At-shan pour ces lignes extérieures et la disposition de ses organes de défense, avec une distribution intérieure commandée par sa fonction militaire et religieuse. Ziyadet Allah modifie en 821-822 cet ouvrage en prenant modèle sur le ribat de Monastir construit entre temps. Nous ne connaîtrons jamais l’étendue exacte de son intervention, mais il est probable qu’il s’est contenté, en plus de la construction de la tour-vigie, de remettre en état un bâtiment déjà quelque peu dégradé après un demi-siècle d’utilisation.

Après les travaux de Ziyadet Allah, le ribat est prêt à remplir ses nouvelles fonctions. La salle des prières est peut-être pendant quelques temps la seule mosquée de la bourgade jusqu’à la construction en 838 de la mosquée Bû Fatata, puis, la ville prenant une grande extension, de la Grande Mosquée. En 859, Sousse est de nouveau ceinturée d’un rempart continu et la grande tour de Khalef est construite dans la Qaçba. Le ribat perd alors toute utilité militaire ; ce n’est plus qu’un couvent et la tour vigie devient un simple minaret. C’est peut-être alors qu’on aménage Ict porte d’accès direct de la rue à la salle des prières pour éviter de faire passer les fidèles venant du dehors par les bâtiments conventuels eux-mêmes. Il est à noter que la date de 859 correspond à celle d’un important tremblement de terre en Ifriqiya, qui amène la ruine de mainte forteresse. C’est à cette époque qu’apparaissent sans doute les premiers désordres dans le gros oeuvre du ribat. Le monument échappe en 944 à l’incendie de Sousse, allumé par les hommes d’Abu Yazid après la prise de la ville, et survit à l’époque troublée qui suit l’invasion hilalienne. Il ne semble pas qu’il ait été entretenu avec beaucoup de soin depuis le XIe siècle. On se contente de badigeonnages à la chaux pour dissimuler les fissures qui se forment un peu partout.

A la conquête turque, il est en partie ruiné. Les portiques Est et Nord se sont écroulés, la chute de ce dernier entraînant en outre la disparition entière de la façade correspondante du premier étage. Du portique Ouest, deux arcs seulement restent debout. La tour d’angle N-E est largement fissurée et l’édicule à coupole au-dessus du porche s’est en partie effondré. La surélévation du sol obstrue l’entrée normale. De tout l’édifice, seule la salle des prières demeure en service, comme mosquée de quartier, et l’on y accède uniquement par la porte de la rue, au moyen d’un escalier en bois. Quelques cellules du rez-de-chaussée sont peut-être encore occupées. On pénètre dans la cour centrale par la porte de l’Est, percée vers cette époque. Il se peut que le monument ait alors été utilisé de nouveau pour quelque temps à des fins militaires ( 57 ),

Au début du XVIIIe s. le ribat est transformé en médersa. En 1722, d’importants travaux y sont réalisés. Les portiques sont reconstruits au goût du jour ou consolidés, les cellules du premier étage sont remises en état, les plus grosses fissures sont rebouchées, la salle des prières est recrépie et reçoit un carrelage de terre cuite, l’édicule du 2e étage prend la forme tronquée qui a subsisté jusqu’à notre restauration. Enfin, l’entrée principale est déblayée. C’est également à cette époque que sont installées les salles de propreté, pédiluve et hammam de l’aile Ouest et les latrines de l’aile Nord.

La dernière remise en état du ribat date de 1847. C’est l’époque de construction de l’avant-corps. Il a été réalisé par l’un des ingénieurs hollandais que les Turcs avaient fait venir pour construire des redoutes d’artillerie dans les villes fortifiées. De larges ouvertures sont percées dans la salle des prières pour en améliorer l’éclairage, les tympans aveugles des cellules sont démolis dans la même intention et la mosquée reçoit un dallage en marbre. Différentes modifications de détail se poursuivent au XXe s. ; la cour est transformée en terrain de basket-ball et des latrines modernes sont installées. Le bâtiment, vétusté et ma! entretenu, est fortement ébranlé par les bombardements de 1942 et 1943. A la fin des hostilités, il est dans un tel état qu’il est déclaré insalubre par le corps médical, et l’administration des Habous le remet entre les mains de la Direction des Antiquités pour en assurer le sauvetage.

9LE RIBAT, OUVRAGE DEFENSIF

Lors de sa construction, le Ribat est avant tout un ouvrage militaire isolé, conçu pour se défendre de toutes parts. Cela explique en partie sa position topographique : comme il n’avait pas alors la fonction de poste de guet et de signalisation qui deviendra la sienne pius tard, on n’a pas jugé utile de l’élever au point culminant du site, celui qu’occupe la Qaçba actuelle. On semble avoir recherché avant tout la commodité et la rapidité de l’exécution. L’emplacement choisi, où des fondations déjà existantes pouvaient resservir et où tous les matériaux de l’édifice antique détruit étaient à pied d’œuvre, répondait à ces conditions.

La construction, en 821, de la tour vigie modifie la fonction du monument en le transformant en poste de guet et de signalisation. Il est désormais destiné à observer l’approche des navires ennemis et à en communiquer la nouvelle aux postes analogues qui jalonnent la frontière maritime ( 58 ), puis à s’opposer aux tentatives de débarquement et, si celles-ci réussissaient malgré tout, à se défendre en attendant l’arrivée des renforts.

La construction de la tour vigie sur un socle carré a créé un point faible. Indépendamment de i’angle mort résultant de la forme du socle, celui-ci est en outre, comme toutes les tours carrées « privé de feux » directs aux angles. De plus, l’espace entre le parapet et la tour ronde est extrêmement réduit et rend l’utilisation de cette plate-forme très incommode pour les défenseurs. Ces observations confirment bien qu’à cette époque, le monument est avant tout un poste de guet. On craint moins l’investissement de l’ouvrage puisqu’on voit désormais au loin, ce qui supprime l’effet de surprise, et qu’on peut faire appel aux renforts avant même que l’ennemi ait pris pied sur les plages. La défense est exclusivement assurée au niveau des superstructures. Les courtines sont pourvues de créneaux et de merlons bien adaptés au rôle qu’ils ont à jouer, c’est-à-dire à la protection des archers.

Un seul merlan ancien subsistait encore en 1952 sur la courtine Ouest ( 59 ). Il a permis de restituer tous les autres. Il y a tout lieu de croire que le* tours étaient également crénelées. Aucun témoin ancien de cette disposition n’a subsisté, le merlon visible sur la tour N-E (PI. VI, coupe b) étant une réfection de date inconnue. Les murs ont peut-être été crénelés du côté de la cour : on pouvait ainsi poursuivre la défense de l’ouvrage après l’irruption des assaillants à l’intérieur du ribat. Nous avons, par ailleurs, la preuve de la présence de merlons aux acrotères des galeries du premier étage, car le témoignage en a subsisté jusqu’à nos jours au côté Sud. Ce créne-lage a été arasé par la suite et l’intervalle entre les merlons rempli avec des moellons. La largeur du créneau (0,35) et celle du merlon (0,70) ont pu être mesurées, la hauteur restant inconnue. Cette dernière ne dépassait sans doute pas 1 m. 20, ce qui est encore suffisant pour abriter un archer agenouillé (PI. XIII e).

Les chambres hautes des tours avaient jadis des ouvertures qui ont pu servir d’archères. Elles ont été rebouchées lors d’une restauration très ancienne des superstructures.

Le dispositif de défense de l’entrée est l’aboutissement d’une évolution de l’art de défendre les portes avant l’adoption du système de l’entrée coudée. Notre figure reproduit les principales étapes de cette évolution (PL XV a). Les mâchicoulis séparés par des arcs en pierre sont sans doute une transposition en « dur » d’un dispositif de bois comportant des solives espacées pour permettre le tir plongeant. Nous verrons plus tard les Croisés s’inspirer de cette invention musulmane pour certains châteaux-forts du Proche-Orient ( 60 ).

Nous avons dit que les défenseurs opéraient uniquement au niveau du chemin de ronde. Il faut revenir en effet sur l’interprétation, donnée par les premiers auteurs, des ouvertures ébrasées de la sal’e des prières. Elles ont jusqu’ici été identifiées à des archères ( 61 ). Or, les ouvertures de Sousse sont placées trop haut au-dessus du sol de la salle. La hauteur de la baie est insuffisante pour y engager un arc, malgré l’ébrasement vertical qui, d’ailleurs, ne permet aucune plongée puisqu’il est incliné vers la salle suivant la disposition habituelle aux soupiraux. Un homme de haute taille pourrait, tout de même, parvenir à tirer une flèche par l’une de ces baies en tenant son arc au ras du parement intérieur du mur. Son œil se trouverait alors à 2 m. 40 environ de l’orifice de sortie. Il lui serait impossible de viser car il serait aveuglé par le rectangle de lumière formé par l’ouverture. Suivant l’épure que nous avons tracée, nous nous apercevons que la flèche, tirée dans ces conditions, aurait son point d’impact à 100 m. du mur S

En outre, étant donné la nécessité de se défendre de toutes parts une fois investis, pourquoi ne trouvons-nous pas « d’archères » dans le mur Ouest de la salle des prières et même dans toutes les cellules du premier étage   ?

Ces ouvertures sont donc tout simplement des baies d’éclairage, dérivées d’un type communément employé dans le monde antique et dont on peut voir en particulier des exemples à Pompéi, dans des maisons qui n’ont aucun caractère militaire ( 62 ).

On peut essayer de chiffrer approximativement l’effectif permanent des moines-soldats du ribat de Sousse. Cet effectif nous est donné par le nombre des cellules habitables du rez-de-chaussée et du premier étage, il ne dépassait pas une cinquantaine d’individus. C’est manifestement insuffisant pour en assurer la défense en cas d’encerclement. Une centaine de combattants paraît être le minimum nécessaire pour effectuer des tirs frontaux ou croisés destinés à écarter les assaillants des quatre faces de l’ouvrage. La totalité des habitants de la bourgade se mettait vraisemblablement à l’abri des murs du fortin, en cas d’attaque, et fournissait l’appoint indispensable de combattants. Les dimensions du fortin peuvent ainsi nous donner une idée du peu d’importance de l’agglomération à la fin du VIIIe siècle.

Les conditions de vie dans le ribat sont rudes. On couche à même le sol, dans les cellules dépourvues de portes. L’éclairage nocturne est assuré par des lampes à huile. L’eau nécessaire à la boisson et aux ablutions est fournie par le grand puits central, le bassin situé sous l’escalier servant aux soins de propreté et permettant éventuellement d’abreuver les chevaux. Les vivres et les armes de réserve sont stockés dans les cellules du Sud, impropres à l’habitation.

10ORIGINE DES FORMES ET DU DECOR

L’architecture du ribat est directement inspirée de celle des premiers siècles de l’Islam, élaborée dans le Proche-Orient, sous les Omeiyades puis les Abbassides. Elle ne doit rien aux influences byzantines locales.

Dans son état primitif, le fortin de Sousse ne se différencie guère des « châteaux » fortifiés de Syrie ou d’Iran et ne prend un aspect vraiment original qu’au moment de l’adjonction de sa tour vigie. Nous y reconnaissons à la fois des caractéristiques de l’architecture omeiyade et des éléments iraniens. Le plein cintre est seul employé, tant pour les arcs des portiques que pour les voûtes en berceau, qui sont toujours accompagnées de doubleaux, là-même où ils ne servent à rien. L’architecture mésopotamienne est représentée par la coupole sur trompes et le dispositif de défense de l’entrée, copié sur ceux d’Ukhaidir et d’Atshan. Ces influences lointaines se trouvent jusque dans certaines erreurs de conception. Ainsi les escaliers d’accès au premier étage, accolés au portique Sud et supprimant une partie de son éclairage, constituent une disposition déjà attestée dans un monument omeiyade de Syrie ( 63 ).

Tout ce qui reste ici des usages romains est l’emploi des joints ruban et quelques techniques locales qui ont survécu. Les remplois antiques mis à part, il n’existe dans les éléments du décor aucune trace d’influence classique qui n’ait déjà été transformée ailleurs.

L’architecte du ribat de Sousse, venu sans doute en Ifriqiya avec les Gouverneurs abbassides, s’est contenté de reproduire des formes qui lui étaient depuis longtemps familières, au moyen des matériaux qu’il a trouvés sur place et qu’il n’avait pas l’habitude de manier. C’est très certainement la cause des nombreuses maladresses constatées dans l’exécution des travaux. Le temps écoulé entre la prise de la ville et l’ouverture du chantier a été fatal au maintien des traditions de l’antiquité romaine, dont une grande partie est déjà tombée dans l’oubli efi ne sera jamais plus retrouvée. De plus, les bons ouvriers du bâtiment ont, sans doute depuis longtemps, été emmenés en esclavage, avec des dizaines de milliers de captifs expédiés en Orient avant l’organisation de la conquête ( 64 ).

Les réminiscences de l’architecture de brique, qui confirment l’origine mésopotamienne du maître d’œuvre, sont aisément reconnaissables. Le socle en tronc de pyramide de la tour des signaux en est un exemple caractéristique. Le tambour à faces concaves de la coupole fait penser à ces maisons de brique crue de l’ancienne Egypte dont le plan est un carré ou un rectangle à côtés concaves» Cette manière de bâtir s’est prolongée sur la terre des Pharaons, au-delà de la conquête romaine. Elle s’est maintenue, sans doute, plus longtemps encore dans les pays du Proche-Orient où l’influence égyptienne s’est toujours fait sentir, partout où la construction en argile était en usage. Seul un souci d’esthétique a poussé ici l’architecte à se souvenir de ces exemples, afin d’obtenir certains effets d’ombre et de lumière.

L’origine des tambours de coupole à parois concaves peut faire l’objet d’une seconde hypothèse. Les constructeurs musulmans des monuments de Sousse ont peut-être vu en Syrie le temple circulaire de Baalbek. Cet édifice possède un entablement dont le plan est un polygone curvilinéaire à côtés concaves, exinscrit au cylindre constituant la cella. Ce même plan est rappelé au niveau du soubassement. Une coupole surmontait le tout. Le rapprochement de ce petit sanctuaire avec le tambour polygonal de la Grande Mosquée de Sousse, dérivé de celui du ribat ne nous semble pas tellement téméraire.

D’autres rappels de l’architecture de brique se retrouvent dans la décoration : les dessins en moellons alignés des voûtes de la salle des prières et d’une des salles des gardes, les losanges à gradins traités en défoncé, sont tous des motifs qu’on rencontre en Mésopotamie aux époques antérieures.

L’origine des merlons arrondis est plus difficile à établir. La plus ancienne manifestation de cette forme est celle des migdols syriens, tels qu’ils sont représentés sur les bas-reliefs égyptiens de l’ancien Empire ( 65 ). Aucun monument musulman du VIIIe s. n’est parvenu jusqu’à nous suffisamment bien conservé pour qu’on puisse étudier ses superstructures. Les quelques fouilles exécutées ont mis au jour, dans les édifices de Syrie, des merlons en dents de scie. Il est vrai qu’ils appartiennent à des châteaux très ornés où ils ont, sans doute, été utilisés dans un rôle plus décoratif que pratique. De nouvelles fouilles nous montreront peut-être un jour que le merlon arrondi était employé à la même époque pour des monuments d’un caractère plus utilitaire. Les derniers nettoyages effectués dans le porche du ribat, ont fait apparaître les traces d’un décor sur les arcs des deux niches aménagées dans ses parois Est et Ouest. La disposition des motifs est semblable à celle des arcs de la première travée du vestibule, sur lesquels étaient représentés des merlons à dents de scie, Ici, nous avons des merlons arrondis reproduisant ceux du ribat lui-même. Ce nouveau document semble confirmer l’hypothèse de l’emploi simultané des deux formes de merlon dans les monuments du VIII8 siècle.

Tout comme son architecture, la modénature du ribat est arrivée ici entièrement élaborée. La frise d’arcatures des façades ressemble à celle qui soulignait le grand arc du Palais de Sapor le ( 66 ). La corniche en chanfrein, qui jouira d’une si grande faveur dans l’es monuments aghlabites de Sousse, n’est pas autre chose que l’épannelage de la doucine et a déjà été employée sous cette forme dans les monuments musulmans antérieurs, la mosquée d’Amr notamment ( 67 ).

C’est encore du Proche-Orient que viennent les motifs purement décoratifs tels que les merlons

sassanides reproduits à la chaux, les dents de scie ou la bande décorative du mihrab.

Le seul chapiteau musulman retrouvé au ribat se rattache à la série des chapiteaux à foliole centrale dont l’emploi est fréquent en ifriqiya au IXe siècle. Il faut en distinguer deux catégories   ;

1°) les chapiteaux à quatre feuilles, foliole centrale et abaque carré. M. G. Marçais en donne des exemples dans son étude de la coupole de Kairouan ( 68 ) ; ce sont sur son dessin les deux premiers chapiteaux et F avant-dernier du tambour de cette coupole, et d’autre part le chapiteau copte de Karnak. Nous y joignons un nouveau spécimen provenant du ribat de Monastk (PI. XV b).

Leur forme» qui ne doit rien aux influences classiques, est directement importée du Proche-Orient. Elle est attestée dans l’art musulman de Syrie dès l’époque omeiyade ( 69 ). C’est une re-production de la plante du Sud de l’Egypte Pharaonique, sous la forme qu’elle a prise dans ce pays dès le Moyen Empire et où elle fut diffusée en Phénicie et en Assyrie. Le rapprochement que nous faisons sur notre figure ne peut laisser de place au doute.

2°) Les chapiteaux à foliole centrale, à quatre feuilles ou davantage et abaque à côtés curvilignes.

Ce sont des chapiteaux composites où se retrouvent à la fois des caractéristiques égyptienne» et des influences classiques.

Le chapiteau du ribat appartient à cette deuxième série. Il emprunte à la plante du Sud sa corbeille, et son abaque au chapiteau corinthien ( 70 ). Le Musée Alaoui possède une réplique très exacte du chapiteau de Sousse, de provenance malheureusement inconnue. L’art copte a produit au VIIe s. des modèles assez semblables ( 71 ). C’est là qu’il faut voir l’origine commune aux deux séries, qui paraissent contemporaines en Ifriqiya et sont en tout cas mises en œuvre ensemble à Kairouan, dès 836.

Nous croyons avoir montré, dans les lignes qui précèdent, à quel point était complète, au VIII6 s., la rupture entre l’art byzantin local et celui, entièrement importé, des premiers constructeurs musulmans de l’Ifriqiya. Il faudra attendre quelque temps avant que l’architecture musulmane de ce pays subisse l’influence des monuments antiques subsistant sur son sol, qui lui permettra d’acquérir ce cachet d’originalité que personne ne conteste aujourd’hui.

Malgré toutes les maladresses de détail de son exécution le ribat de Sousse est, à l’époque «le son achèvement, un monument remarquable. D’une sobre architecture fonctionnelle, il offre des proportions générales plaisantes à l’œil. La simplicité de l’ensemble fait ressortir davantage les « points riches » qu’on aperçoit à l’entrée. Dans l’expression de toutes ses parties on ne sent nulle part cet a esprit de nomadisme qui attache plus d’intérêt à l’apparence qu’au réel », (dont M. Lavedan a accusé en bloc tout l’art de l’Islam ( 72 ). Tout au contraire, la structure partout affirmée par l’emploi de matériaux apparents, soulignés par les rubans des joints, montre bien l’importance que les architectes du ribat ont attaché à la réalité,

11MATERIAUX ET TECHNIQUES

La pierre de taille employée dans la construction provient en très grande partie du monument byzantin détruit. C’est un grès coquilîier très tendre extrait d’une des nombreuses carrières proches du littoral (dunes consolidées). Elle est facile à travailler mais peu résistante, très poreuse et sujette aux maladies de la pierre. Les moellons sont de la même provenance.

Le mortier de liaisonnement de la maçonnerie est, aux VIIIe et IXe s., composé de chaux grasse, assez grossière, mélangés à un sable de dune dont les carrières sont encore exploitées aujourd’hui à proximité de la ville.

Dans les réfections postérieures la composition du mortier est différente.Nous y retrouvons une forte proportion de cendres et de charbon de bois. M. Solignac a montré dans un récent ouvrage que c’était là une caractéristique de l’époque fatimite ( 73 ). La mode s’en est conservée dans les siècles qui suivirent car cette composition du liant est attestée au ribat dans des réfections du XVIII8 s, Le mortier dont sont faits les joints-ruban n’est pas, comme à l’époque romaine, composé de chaux grasse pure. C’est ici un mélange de chaux et de plâtre.

Le béton qui recouvre d’une couche épaisse les galeries et les terrasses, assurant ainsi leur êtanchéité, est à base de chaux et de tuileau écrasé. Il ne se différencie guère des bétons étan-ches analogues, employés par les Romains à toutes les époques en Afrique du Nord. Il est d’une exécution très soignée. En revanche, celui qui recouvrait la coupole était beaucoup plus grossièrement traité. Les travaux ont révélé qu’il s’agissait là d’une réfection de basse époque, L’étan-chéité était obtenue primitivement au moyen d’un simple enduit de chaux bien lissé à la truelle métallique. Signalons enfin que certaines reprises des murs des cellules ont été faites en moellons liés avec un très mauvais mortier, en grande partie composé de terre.

La taille et la mise en œuvre des matériaux sont plutôt maladroites. Les connaissances stê-réotomiques du maître d’oeuvre sont visiblement nulles. Il ne sait même plus tracer l’épure d’un arc en plein cintre. Aussi, par suite de la taille approximative des claveaux, tous les joints sont-ils en sifflet. Dans la salle des prières les piliers cruciformes comportent, une assise sur deux, des pierres en placage sans liaison avec la masse. C’est là aussi qu’on peut voir encore des exemples bien conservés de la « taille » des pierres. L’outil employé est incontestablement une hache ( 74 ).

Les joints verticaux et horizontaux du grand appareil sont très larges ; on y rencontre toujours de grands morceaux d’une poterie très épaisse, employés en guise de cales et laissés en place. C’est à cette particularité qu’on distingue au premier coup d’œil les ouvrages les plus anciens des réfections postérieures au IX8 s. L’appareillage des pierres mises en œuvre au cours des grands travaux de 1722 diffère en tous points de celui que nous venons de décrire. Le module est plus petit, la taille très précise, les joints minces et l’on ne voit plus aucune trace d’outil. Il ne s’agit plus de matériaux antiques retaillés, mais de pierres neuves provenant de carrières remises en exploitation ; aussi les a-t-on employées avec économie. Elles ne sont utilisées, dans les parties Nord et Est, qu’à la construction des piliers et des arcs, les écoînçons étant remplis avec des moellons recouverts d’un enduit lissé. A l’intrados des arcs du XVIII* s., on remarque des entailles de section triangulaire, disposées au niveau du point de glissement des claveaux (PL XIX a) elles sont destinées à la mise en place des bois supportant les cintres nécessaires au montage de la partie supérieure des arcs. Ce procédé est tout à fait analogue à ceux: qu’employaient les Romains pour économiser au maximum les coffrages ( 75 ).

Le bois de charpente est peu employé au ribat. Nous le rencontrons seulement dans les parties modifiées du monument, sous la forme de linteaux de portes ou de fenêtres faits de branches d’olivier juxtaposées. Le plancher de la plate-forme de la tour des signaux est traité de la même manière. Les seuls bois équarris sont ceux du cadre sur lequel repose la coupole en terre cuite du lanternon.

11 ne reste rien des menuiseries du IXe s. ÎI est pourtant évident que la porte d’entrée principale était en bois, probablement recouvert de métal, et ouvrait à deux battants. L’existence de portes est également attestée dans la salle des prières car les logements des pivots ont été retrouvés. Par contre, rien ne nous permet d’affirmer que les cellules étaient munies de fermetures en bois. Aucune trace de pivots ou de trous de scellement de gonds ne nous étant parvenue, nous sommes obligés de conclure que ces ouvertures   ne   comportaient   probablement   pas   autre chose que des tentures en tissus ou en peau destinées à couper le vent.

Il nous reste à mentionner les badigeons de chaux grasse qui ont recouvert de couches épaisses toutes les parois du monument. Leurs premières applications ne commencent sans doute pas ici avant la fin du XVIIP s. puisqu’on s’est encore donné la peine en 1722 de construire en matériaux apparents et qu’à cette même époque la technique des enduits de chaux grasse bien lissée est encore en honneur. Notons enfin que les maçons aghlabites connaissaient l’emploi de la scie sans dents, employée avec un abrasif. C’est avec cet outil, en effet, qu’a été recoupée la base antique en marbre blanc qui porte l’inscription de Ziyadet Allah (PL XI b).

CHAPITRE lI

LA RESTAURATION

Le ribat de Sousse a eu à souffrir, dès le Moyen Age, des erreurs de conception de ses constructeurs ; le temps y a fait son œuvre, puis les tremblements de terre. Les bombardements de 1942-1943, qui ont fort éprouvé la ville, ont considérablement aggravé une situation qui n’était déjà pas brillante avant la dernière guerre.

En 1951, l’écroulement des parties les plus mauvaises de l’édifice paraissait ne plus devoir tarder. La tour vigie était coupée en deux sur toute sa hauteur par d’importantes fissures, son escalier avait perdu de nombreuses marches et une partie du lanternon s’était effondrée. De profondes fissures décomposaient en tranches parallèles l’aile Sud du bâtiment, causées par le déversement vers la rue du mur de façade. Les arcs de la salle des prières, partiellement entraînés dans ce mouvement, étaient déformés et leurs têtes décollées du gros mur, de plus de 13 cm. par endroits (PL XVII. c). Au rez-de-chaussée Se décollement était encore très net (6 à 7 cm.). L’édicule à coupole était totalement désarticulé, par de nombreuses fissures. Les trois autres façades se déversaient également, à un degré moindre toutefois que la façade principale. Les portiques, eux aussi, avaient perdu leur aplomb, en sens inverse des façades. L’infiltration des eaux pluviales dans les murs et les voûtes disloquées était cause, en de nombreux points, de la désagrégation des maçonneries. Le rez-de-chaussée était inondé à chaque averse par suite de l’engorgement ou la rupture de toutes les canalisations enterrées, pour le plus grand dommage du pied des murs et des piliers.

L’exhaussement de 3 m. du niveau du sol extérieur a sauvé le ribat d’un effondrement qui se serait produit depuis longtemps sans le contrebutement assuré par ces masses de terres. Les différentes constructions qui se sont accolées au monument ont, elles aussi, joué le rôle de contreforts.

Les travaux confortatifs entrepris au ribat ne sont pas encore terminés. 11 a fallu procéder avec une grande prudence, étant donné l’état de la construction. Par ailleurs, des considérations d’ordre budgétaire ont contraint à leur échelonnement sur plusieurs années. Il n’était pas question, en effet, étant donné l’intérêt capital du monument, de se borner ici à des consolidations rapides et économiques. Nous décrirons tout d’abord les travaux confortatifs, puis nous dirons quelques mots des restaurations que nous avons été amenés à réaliser, pour rendre le plus possible au ribat son apparence première.

12TRAVAUX CONFORTATIFS

12.1Béton armé

Le béton armé a été employé principalement pour les chaînages et des poutres de décharge. Ces éléments sont partout invisibles aujourd’hui.

Dans la tour-vigie, trois ceintures ont été encastrées dans le mur extérieur, à des niveaux différents. Elles sont destinées à rendre une cohésion à l’ensemble et à empêcher de nouvelles déformations du plan. Les marches d’escalier manquantes ont été refaites en béton armé. Ancrées dans le noyau central, les ceintures ou les parois extérieures, elles rendent ces dernières solidaires du premier.

Dans l’aile Sud, un réseau de chaînages a été encastré au niveau des premier et deuxième étages. Ils s’opposent au déversement de la façade en la reliant de nouveau à la masse du bâtiment (PL XVI a, d).

Deux poutres en béton armé destinées à décharger des ouvertures ont également été établies. L’une est encastrée au-dessus du linteau de la première baie du mur Est de la salle des prières, l’autre, située au-dessus de l’arc d’entrée du porche, a pour but de décharger celui-ci du poids de la façade Sud de l’édicule à coupole, rétablie à son emplacement primitif, comme on le verra plus loin.

Le béton armé a en outre été employé en poutres encastrées à l’intérieur des nouveaux linteaux en pierre des portes de la salle des prières (PL XVI. b), à la confection des dalles de fermeture du grand puits central de la cour, à l’établissement d’une semelle de répartition sous les deux colonnes supportant l’arc central du portique Sud, en remplacement des deux bases antiques enterrées et à la confection d’une semelle de répartition sous les fondations du portique Est.

12.2Fer    

Des tirants de fer rond ont été posés dans les portiques Nord et Est. Ils s’opposent au déversement des arcades vers la cour. Leur ancrage, dissimulé dans l’épaisseur des piles, est, en ces points réalisé au moyen de plaques de tôle épaisse. A l’extrémité opposée les tirants sont boulonnés sur des tronçons de fer profilé d’un mètre de longueur, encastrés dans le parement intérieur du mur de façade des cellules. On a pris soin d’éviter tout contact direct du métal avec la maçonnerie, soit au moyen de feuilles de plomb, dans la traversée des blocs en pierre de taille, soit par coulage de ciment tout autour des ancrages. Deux tirants analogues ont été posés à la travée centrale du portique Sud (PL XXIV – PL XXVI).

12.2Maçonnerie de pierre de taille

La pierre de taille, employée ici, provient de l’antique carrière de Rejiehe que nous avons remise en exploitation à l’occasion des travaux effectués à l’amphithéâtre d’El-Djem. Elle a été employée de différentes façons   :

1°) en remplacement à volume égal de pierres anciennes dégradées, Des interventions de cet ordre ont été nombreuses dans toutes les parties du monument, notamment dans les piles, têtes, arcs, encadrements de porte, etc.. L’un des deux derniers arcs subsistant de l’état primitif du portique Ouest a dû être démoli et entièrement refait à neuf ( 76 ). Son déversement sur la verticale, de 12 cm. à la clef, entraînant toute la maçonnerie qu’il supportait, laissait prévoir un effondrement à bref délai. Les claveaux, entièrement rongés par la maladie, n’ont pas été remployés. Cette réfection a entraîné celle des piédroits correspondants et a permis de faire disparaître un contrefort inesthétique, construit sans doute au XIXe siècle pour essayer de s’opposer au déversement.

Pour la même raison il a fallu refaire en entier l’arc central du portique Sud. Ce travail a entraîné la dépose des deux colonnes en granit qui le supportaient, la reprise en sous oeuvre de leurs fondations jusqu’au bon sol (elles reposaient sur un remblai) et l’établissement de la semelle en béton armé mentionnée plus haut. Il a fallu également refaire îa maçonnerie de moellons au-dessus et de part et d’autre de l’arc. En outre, la voûte en berceau de la travée intéressée a dû être en partie démolie et reconstruite.

2°) Dans la tour des signaux, nous avons préféré limiter l’épaisseur des blocs à remplacer à 0 m. 30, la différence de dimension avec les blocs anciens étant compensée par un béton de ciment’ et de gravillon. Cette façon de faire permettait de reboucher des cavités intérieures dues, soit à la mauvaise exécution de l’ouvrage primitif, soit aux dislocations survenues depuis lors. Le béton, gâché liquide, a été introduit profondément au moyen de tringles en fer plat. On l’a remplacé par un coulis de ciment pour les fissures les plus étroites.

3°) Dans les restaurations proprement dites, c’est-à-dire dans les travaux destinés à restituer l’état primitif de parties disparues ou déformées par des modifications récentes.

Toutes ces pierres nouvelles ont été taillées au marteau taillant droit. Dans les réfections inté. rieures nous n’avons pas jugé utile de les teinter car elles ont la propriété de prendre très rapide, ment une patine naturelle. Aussi, peu de temps après leur pose, ne font-elles plus de tache sur l’en-semble, tout en restant aisément identifiables pour un technicien.

Toutefois, pour la tour des signaux, nous avons estimé que les considérations esthétiques primaient sur toutes autres. Il n’était pas question de donner à cet ouvrage, même momentanément, laspect d’un costume d’Arlequin; aussi chaque bloc nouveau a-t-il été soigneusement patiné au sol avant sa pose, par tamponnement avec une patine à l’eau contenant un peu de noir de fumée et de poudre d’ocre.

12.3Maçonnerie de moellons

11 a fallu reprendre d’importantes parties de maçonnerie de moellons, tant dans les parties anciennes (VIHe-IXes.) que dans les réfections plus tardives.

Dans la salle des prières notamment de nombreuses fissures ont été remaillées et les voûte» consolidées sur des surfaces importantes. Les façades du premier étage des ailes Ouest et Est ont été refaites en maint endroit. Toutes ces parties étaient construites en moellons taillés. En revanche, la façade de l’aile Nord au premier étage, rebâtie en 1722, avait été traitée en moellons tout venant. Les réparations que nous y avons effectuées ont respecté le même procédé (PL XX).

12.4Autres travaux

Après avoir consolidé les parties menacées d’écroulement il a fallu assurer l’étanchéité de l’édifice et l’évacuation des eaux pluviales.

Les terrasses du deuxième étage et les galeries du premier ont été refaites en entier, après démolition des anciennes chapes hors d’usage et rebouchage des fissures profondes au moyen de béton de gravillon et de coulis de ciment.

Toutes les descentes d’eaux pluviales en terre cuite ont été raccordées à un réseau de canalisations enterrées, qui se déversent dans le puits central, transformé ainsi en un puisard auquel aboutit également la canalisation de la fosse septique des nouvelles latrines, aménagées au-rez-de-chaussée.

D’autres travaux, plus importants encore, devront être réalisés si l’on arrive un jour à obtenir le dégagement complet de l’édifice des constructions qui l’enserrent. Le retour au niveau antique à l’extérieur du monument, supprimant le contrebutement actuellement assuré par les terres, devra être accompagné de la reprise en sous-œuvre des fondations des murs de façade. Une semelle de répartition en béton armé sera sans doute nécessaire sur la périphérie. Le dégagement par petites parties des terres devra aller de pair avec la confection de cette semelle.

13LES RESTAURATIONS PROPREMENT DITES

13.1La salle des prières (PI. XXVII-XXVIII)

Les deux grandes ouvertures d’éclairage, percïes au début de ce siècle, ont été rebouchées; îa salle a ainsi retrouvé son atmosphère d’autrefois. Les portes d’entrée, déformées par la suppression des linteaux, des tympans et des colonnettes décoratives, ont été restituées avec exactitude,, toutes les indications nécessaires pour le faire ayant subsisté sur les tableaux. La colonnette ancienne retrouvée a servi de modèle pour les sept colannettes nouvelles.

La portée des linteaux dans les murs était extrêmement faible. Nous avons voulu conserver letémoignage de cette erreur de conception caractéristique. Pour éviter la rupture des linteaux nouveaux, ceux-ci ont été renforcés par une poutre en béton armé, encastrée dans leur épaisseur et totalement invisible (PL XVI b).

A l’intérieur, le dallage moderne en marbre a été déposé et le sol rétabli à son niveau primitif. Toutefois, le dallage ancien en chaux grasse, trop fragile pour être restitué, a été remplacé par un béton de chaux et de sable auquel une certaine proportion de ciment blanc a été incorporée pour obtenir une couleur semblable à celle du sol ancien. Les joints-ruban des murs, voûtes, arcs et piliers ont été refaits là où ils avaient disparu.

Le problème le plus délicat était celui de la restauration de la porte percée dans le mur Sud après la désaffectation du ribat en tant qu’ouvrage militaire. L’agrandissement en hauteur de l’ouverture, au XXe s., avait fait disparaître les indications permettant la restitution de la baie du côté de la rue. En revanche, du côté de la salle elle-même et dans la traversée du mur, nous possédions tous les éléments nécessaires à un rétablissement fidèle de la disposition primitive. La difficulté pouvait être tournée en rebouchant complètement l’ouverture, mais c’était supprimer le témoignage d’une transformation importante et ancienne. On a jugé préférable d’adopter la solution de compromis suivante. La restauration a été limitée à tout ce qui pouvait être fait sans avoir recours à la conjecture. Nous avons restitué ainsi l’ouverture sur la salle, le passage dans l’épaisseur du mur et la porte en bois à deux vantaux. Entre cette menuiserie et le parement extérieur du mur subsistait un espace de 0 m. 15 de largeur. Nous l’avons garni de placages de pierre de taille, agrafés avec des pattes en cuivre sur le bâti de la porte. Ainsi l’aspect de la façade vue de la rue est-il celui de la construction primitive, tandis qu’on peut voir du côté de la salle la transformation ultérieure des lieux.

Cette solution est loin d’être satisfaisante, mais il n’était pas possible d’envisager une restitution de l’ouverture sur rue, qui eût été complètement arbitraire. En outre, il n’est pas douteux que cette ouverture, non prévue par le premier constructeur, dût. nuire à l’esthétique et au caractère général de la façade.

Pour assurer la clôture de la salle, quatre portes en bois ont été réalisées. Ce sont de simples portes à pivots en planches verticales clouées sur bâtis intérieurs apparents. Les parements ont été taillés à l’herminette et les clous apparents forgés spécialement sur le modèle de clous romains utilitaires, dont le type est encore employé de nos jours par les menuisiers du pays.

13.2Cellules et portiques (PL XX-XXI)

Au rez-de-chaussée, la plupart des cellules des côtés Est et Nord ont été modifiées au cours des travaux du XVIII0 s. Elles ont été conservées dans cet état après une simple réfection des enduits et dallages. Au premier étage, les façades Est et Ouest ont repris, au prix d’un très important travail, leur aspect originel. Les ouvertures des cellules avaient pour la plupart été modifiées au cours des travaux des XIXe et XXe s. Tous les tympans aveugles avaient été supprimés et de nombreux linteaux et arcs de décharge étaient refaits en brique creuse. Quelques rares ouvertures avaient néanmoins conservé leur disposition primitive, Elles ont servi de modèle pour la remise en état des autres. La façade Nord a été refaite en 1722. Ses ouvertures, modifiées au XX” s. ont été rétablies comme elles étaient au XVIII0 (P. XX).

Une cellule seulement a été restaurée intégralement telle qu’elle était au VIIIe s., c’est-à-dire à matériaux apparents et dépourvue de banquette a usage de lit. Dans les autres cellules, l’utilisation projetée du monument nous a contraint à refaire des enduits de chaux grasse sur les parois et les voûtes.

Les façades donnant sur la cour étaient, à l’origine, traitées en moellons taillés apparents. Celle du Nord, refaite au XVIIIe s. en moellons tout venant, avait reçu un enduit. A la même époque toutes les autres façades avaient été ravalées de la même façon. Pour une raison d’esthétique et d’unité d’aspect on a décidé de laisser partout apparents les parements des moellons. Cette solution a en outre l’avantage de laisser voir la différence de la technique et des matériaux employés pour des travaux analogues a» VIIIe et au XVIIIe siècles (PL XX).

On n’a retrouvé de joints-ruban que sur la façade Nord de la salle des prières. Nous ignorons s’il en avait existé sur celles des cellules du premier étage. Pour une raison d’économie, l’exécution des joints-ruban étant extrêmement longue et onéreuse, toutes les façades sur cour ont fait l’objet «d’un simple rejointement à la chaux grasse.

13.3Le deuxième étage

L’édicule à coupole a été rétabli dans son état primitif (PI. XVIII), Nous avons vu que cet important organe du ribat avait été fâcheusement tronqué, au détriment à la fois de son aspect et de son équilibre. La façade Sud a été ramenée à son premier emplacement ; la corniche à arcatures a été restaurée par la même occasion. La coupole a été reprise en conservant les parties anciennes subsistantes, La fenêtre Nord est xedevenue la porte qu’elle était à l’origine et a retrouvé les deux colonnettes qui supportaient son couronnement. Leurs chapiteaux ont été restitués par analogie avec ceux du premier étage. L’état de dégradation des moellons anciens à l’intérieur de l’édicule, nous a contraint à les enduire de chaux grasse, ne laissant apparents que les pierres de taille et le motif décoratif subsistant à l’intrados de la coupole (PI. XIV c).

Une seule restitution est ici conjecturale. Il s’agit de l’ouverture percée dans la façade Sud. Son existence est certaine car il fallait, face à l’ennemi, une vue directe aux occupants de cette chambre. Du fait de son exposition aux projectiles elle ne pouvait être que fort étroite. Nous ne croyons donc pas nous être beaucoup trompé en lui donnant les proportions des ouvertures homologues de la salle des prières,

13.4La tour-vigie

L’encastrement des ceintures en béton armé a rendu nécessaire d’enduire à la chaux grasse les murs et le noyau de la cage d’escalier. La pierre inscrite est restée dégagée des enduits. Le lanternon restauré a repris son aspect de 1722.

Une maquette du ribat a récemment été réalisée, à l’occasion d’une exposition des découvertes et travaux de la Direction des Antiquités. Elle donne une restitution du ribat à l’époque de Ziyadet Allah. Le crénelage existant sans doute à cette époque sur les murs côté cour et peut être même tout autour des galeries n’y figure pas, étant donné l’incertitude qui subsiste sur ces deux points.

Un exemplaire de cette maquette est exposé dans la première salle de la section d’archéologie musulmane du Musée Alaoui, l’autre est visible au ribat lui-même (PI. XXV a).

BIBLIOGRAPHIE

14LE RIBAT DE SOUSSE

  • El Bekrî. Traduction de Slane, p. 77.
  • Yaqut, Mu’jam III, p. 192.
  • Ibn Adhari. Bayaiî I, p. 99, trad, Fagnan I, p. 135.         
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  • Guérin. Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, i, pp. 110-111
  • Houdas et Basset. Epigraphie tunisienne. Bull, de correspondance africaine, fasc. IV, pp. 168-
  • 170 et 172-173.
  • Saladin, Rapport, dans Arch, des Missions, 3e Série, t. XIll, p. 4.   –
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  • Saladin, Manuel d’art musulman, I, l’Architecture, p. 194-!%.
  • Ricard. Pour comprendre Tart musulman dans l’Afrique du Nord, p. 208, fig. 17.
  • G, Marçais. Notes sur les Ribat de Berbérie. Mél. Basset II, pp. 400, 404, 416 et 423-429.
  • G. Marçais. Manuel d’Archéologie Musulmane, l’Architecture î, pp.   !!,   13, 46, 47, 50, fig.
  • 2 et 20.
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  • Wiet. Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, I, p. 113.
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  • H. Briquez. Les Soummar de Sousse. Rev. Tunisienne, t. XIII, p. 279; Rev. Tunis., t. XXIII, p. 329.
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  • G. Marçais. Sousse et l’architecture musulmane au IX0 siècle. Annales de l’Institut d’Etudes Orientales, VII, pp. 61-62.
  • Lézine. Notes sur îa consolidation des monuments historiques de Tunisie, pp. 29-30, fig. 30, pi. I, a, b, c, d (1953).
  • Lézine. Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, 1954, pp. 137 à 142.
  • G. Marçais. L’architecture musulmane d’Occident, 1954, pp. 30-31.
  • Zbiss. Monuments musulmans d’époque husseynite en Tunisie, 1955, p.   14.
  • Nous empruntons les 16 premiers ouvrages cités à îa bibliographie de M. Cresweîl, op. cit., p. 167, note.

15LE RIBAT DE MOUNASTIR

  • El Bekri, tr. p. 78.
  • Ibn Adhari. Bayan, tr. I, p. 107.
  • Ibn el Athir. Annales du Magreb, tr. Fagnan, p. 149.
  • Guérin. Voyage archéologique, I, p. 121.
  • Saladin. Arch. des Missions, 3e série, t. XIII» p. 7.
  • Tissot. Province romaine d’Afrique, p. 166.
  • Roy. Inscriptions de Monastir. Rev. Tunisienne, 1918, p, 85.
  • Dr Carton. Bull. Arch. de Sousse, 1904, p. 41.
  • Dr Deyrolle. Bull. Arch. de Sousse, 1904, p.   37.
  • G. Marçais, Les Ribat de Berbérie. Mél. Basset, II, p. 23.
  • G. Marçais. La Berbérie Musulmane et l’Orient au Moyen Age, p. 65.
  • Creswell. Early Muslim Architecture, II, p. 383.
  • G. Marçais. Sousse et l’Architecture musulmane au IX6 siècle. Annales de l’Institut d’Etudes
  • Orientales, VII. pp. 62, 63, 64.
  • Lézine, C.R.A.I., 1954, pp. 142-143.
  • Zbiss, C.R.A.I., 1954, pp. 143-144, 146-147.
  • G. Marçais. L’Architecture musulmane d’Occident, p. 32,
  • Zbiss. Monuments musulmans d’époque husseynite, pp. 26-29.

PLANCHES

PL I

PL II

PL III

PL IV

PL V

PL VI

PL VII

PL VIII

PL IX

PL X

PL XI

PL XII

PL XIII

PL XIV

PL XV

PL XVI

PL XVII

PL XVIII

PL XIX

PL XX

PL XXI

PL XXII

PL XXIII

PL XXIV

PL XXV

PL XXVI

PL XXVII

PL XXVIII

PL XIX

PL XXX


1  G. Mar, Notes sur les Ribat «te Beribérie. Mél. Basset» H. pp. 423
2  O. Houdas et H. Basset. 1882, Épigraphe Tunisienne. Buli   de Corresp,   Africaine, fasc.   IV, pp.   168-170,   172-173.
3  K. A. C. Creswell, Eaify Muslim Architectes, II, pp. 167 .
  1. Elles ont été communiquées à l’Académie des Inscriptions et Balles Lettres, C.R.Â.I. 1954» pour tes découvertes ar-4  chéologiques, pp. 138 à 142 (A. Lézine) ; pour l’épigraphe. p. 146 (S. Zbiss),
5  Les collections musulmanes du Musées de Sousse y sont dès maintenant exposées.
6  A. Lézine..   l. c. p.   142-143, S. Zbiss, i c,   146-147.
7  La Qaçba est occupée par l’armé© depuis 1881.
8  Les inscriptions et graffiti découverts» au cotas des travaux seront publies dans le Corpus des Inscriptions Arabes de Tunsie»,
9  C’est à peu près te modèle n°778 de H. B. Walters. Cat, of Greek and roman lamps ai the British Museum, fig. 44, pp. 117.
10  H. Cohen, Méd, impériales, T. VII, 2e édition, n° 9S, p. 455 (2 fois), n° 97, et un petit bronzé Urbs Borna, n° 17, p. 330..
11  Le module étant égal au demi-diamètre inférieur de la colonne. 12  ci. P. Lemerle, Philippes, Album, PI. XIX. (Corbeaux de la BASF A.).
  1. Disposés sous La forme inversée oméga alpha. Martigny, Dict, des ant. chrétiennes, p. 215. Cabrol, Dict, d’arch. chrét.,
13  p.   1516, fig. 2867, p.   1507, fig. 2853,   etc..
14  C’est sans doute celte pierre que Saladin a prise pour un morceau de sarcophage, Arch. des Missions, 3e série, T. XIII, p. 4.
15  Chr. Courtois, Les Vandales et l’Afrique, p. 181. Cette destruction aurait eu Heu après 528 et serait due à des éléments indigènes nomades. Pour d’autres historiens, la destruction de la ville serait à imputer aux Vandales eux-mêmes.
16  II est s&mblabîe à celui qum pubii© P. Lemerle, Philippes, Album, pi. XIII b.
  1. A’vrai dire, cet argument n’a pas une grands valeur, car nous constatons un peu partout au ribat que les canstruc-
17  te’jis musulmans avaient do la notion d’axe une idée très approximative. 18  infra p. 17.
  1. C’est une disposition tout à fait semblable à celles d’Ulrhaidir et d’Atshan. Cresweli op cit., p. 57. M, Croswell avait 19  du leste pressenti la même chcse au rîb~t, ibid.. p. 170. 20 Pour Sjladin, c’est un minaret. Mon. daxch. musulmans. L’archi. I, p. 19S-96. M. G. Metrçaîs y voit un sonvnir des grandes mosquées (coupai» signalant 1© mîhrab). Man. d’arch, musulm. I, p. 49.
21  Les basea de ces colonnettes ont laï?sé leurs empreintes sur le béton de la terrasse et on a retrouvé les entaille» en biseau aménagées pour les chapiteaux sur les murs au-dessous   des   sommiers de l’arc.
22  Celte disposition, unique à notre connaissance, ne semble pas avoir fait écolo.
23  Cf. D.C. Baromkï, Guide to the Umayyad Palace ai Khiibat al Mcdjat, tig. 4, p. S.
24  S. Zbiss, Joe. cit., p. 146.
25  On y a retrouvé des tessons musulmans de toutes les époques.
26  C’est un ouvrage tardif, antérieur à la remise en état de l’entrée principale, exécutée en 1847.
27  Par analogie avec des monuments omeiyades de Syrie et avec !e ribat de Monastir, cf. kifra, p. 36,
28  Gf. Creswell, op. cit.. fig. 165 b face, p. 186, à la mosquée d’Ami au Caire.
29  Creswell, op. cit., p. 168.
30  D, Schlumberger, Etablissement omeiyade, Syria XX, p, 211-212 et fig.
31  La prs-mer et le ouotrièm» arc en partant du Sud.
32  S. Zbîss, 1. c, p. 146.
33  G. Marçais, Notes et Documents, VIII. p. 19, lig. 7.
34  G. Marçais, Manuel 1. p. 47,
Creswelî, op. cit., p. 170.
  1. A. Grenier, Manuel d’Arch. Gallo-Eomaàm V, p. 815, fîg   181 et p. 516, fïg. 182, donne un exemple romain, du IIP
35  siècle, très proche des nôtres par la largeur et les traits incisés. H en est d’antérieurs, à Glanum notamment, mais ils sont plus étroits. En architecture musulmane, il existe des joints en saillie antérieurs mais dépourvus d’incisions, Aly Baghat Bey et Gabriel, Fouilles de Foustat, p. 91. 36  Les carrés sur la pointe deviendront un é’ément   caractéristique de l’art aghlabïte. G. Marçaïs, Notes et Documente VIII, p. 25. Un motil très analogue d’époque sassanide a été trouvé à Ctésiphon. Heinrich Schmidt L’expédition de Ctésiphon,   1931-32, pi. I. D. 37  Le bleu est de l’indigo, le rouge un oxyde d© fer.
38  Des motifs semblables existent à Ukhaïdir sur les voûtes de la mosquée. Greswel!, op, cit., p. 74, fig. 57 et pi. 18 a, #:pi. 19 a etc 39  Ils dérivent sans doute des   carrés sur la pointe. 40  S. Zbiss, J. c, p. 148 (C).
41  II y a lieu d’observer toutefois qu« les ouvriers du XVIIIe s. étaient encore capables ds réaliser des enduits de cette espèce, il n’est donc pas tout à fais exclu que cette modification des lieux soit moins ancienne que nous ne l’avons admis, 42  Les carreaux, non vernissés, ont 14 cm. de côté. Ce nouveau sol est à 7 cm. au-dessus du sol ancien.
43  Avant cette opération, les losanges à gradins ont été remplis de caî-loux mélangés à un mauvais mortier d# ter» e; de chaux.
44  S. Zbîss, J. c, p. 146 (B). 45  Ce rebouchage fait avec des pierres de taille est fort ancien. Il lait sans doute partie des remises en état de 821/822′
46  La largeur de l’emmarchement mesure 0 m. 69, l’épaisseur à la bas© des murs 0 m. 95. 47  On peut voir des coupoles du même type sur les superstructures   des remparts   de Sousse,   notamment sut la   lace Est de la Qaçba.
48  On peut se {aire une idée de l’apparence de ces gargouilles à Monastir, où l’une d’entre elles a été conservée, à la four d’angle S.-O. du ribat de 796. Dans des monuments plus riches, ces gargouilles sont devenues,de véritables mollis décoratifs» G. Marçais, Manuel, I, p. 67, fig. 34. 49  Tour d’angle, 4.40 : 10 coudées ; tour intermédiaire 3.52 :   8   coudées ;   largeur do plusieurs portes : 0.88 ;   ceénsau, 0.44, etc. 50  G. Marçais, Manuel, p. 57.
  1. Castella du type du Castellum DImmidi,   G. Ch.   Picard : Casmllum Bimmktï, fig. 1 et |ig. 8. Le rapprochement a 51  été fait par Gabriel, Syria. VIE, Kasr el Heir, p. 323, n. 6.
52  Creswell, op. cif., p. 91 et fig. 79. Pour Kasi el Heir : D. Schlumberger, les fouilles de Qasi el Heir el Gharbî. Syria, XX, pi. XXXV. Pour Djebel Seis, Sauvaget, Les raines omeiyades de Djebel Seïs, Syria XX, p. 243, fig. 3. Pour Ukhaïdii : Creswell, op. cit., fig. 64 face, p. 82.
53  A Sousse. la herse est immédiatement   devant la porte d’entrée, disposition, devenue classique depuis lors. A Atshan et Ukhaidir elle se trouve à l’entrée du porche.
  1. G. Marçais, La Berbérie Musulmane et TOrient au Moyen Age. p. 44.
55  Ces deux inscriptions peuvent être contemporaines et marquer simplement les étapes de la construction. On en voit
un exemple à la forteresse du Qalah Guindi où deux inscriptions concernent des parties du monument achevées à quatre mois d’intervalle. G. Wîet, îes inscriptions de Qalah Guindi, Syria III, p. 59 à 62. La même observation s’ap­plique aux portiques N. et E. du ribat, supra p. 15.
56  S. Zbiss, 1. d, 1953, p. 447.
57  Au cours des travaux un boulet en fonte de petit calibre a   été   retrouvé   coincé dans   une fissure   du   sol de la salle des prières.
58  Le ribat do Sousse pouvait communiquer avec celui de Monastir situé, à vol d’oiseau, à 18 km. au Sud, et avec terlbnt d’Hergla à 26 km. au Nord.
59  II a dû être démonté élan! dcnné son déversement vers l’extérieur. Il est visible sur nos coupes d et e, planche VIÏ.
60  P. Deschamps, L’entrée des châteaux des Croisés en Syrie et leurs déienses. Syria XIII. Château ce Saône, p. 355, piLXXXI et Crac   des- chevaliers, p.   382.
61  Supra, note 33. 62    Vittorio Spinozzola, Pompéi» fouilles de i §10-1923, vol. I.. fig. 68 et 69 et notamment à te jutfiso» de Pemea, fig. 355
63  Voir supra n. 29. 64  G. Marçais, La Beïbéiie musulmane 1. p. 24.
65  Wreszinski Atkis zuz Altaegyptischen KvtUuxgeschicbte, II, p. 168; iype 1. B : su* me peînhiue du- ioaibôïru d’Âmâraniâs*. H. Vincent, Corneras ; migdol d’après wae ioptéaaxtcsikm   assyrienne,. ïig. 21, p. 46.
66  M. Dieulafoy, L’art antique de la. Perse, t. V. pi III et VI. 67  Creswell, op. cit., t. II. On peut voir à la mosquée d’Amr le passage de là doucâae au chaafreîii. Lé: corniche dé Ici jsî. 42, Kg, E est encore une douane, par contre celles de la fig. a, jjl. 42, et 8g. 162, p. 183′ sont profilées en
68  G. Marçaîs, Notes et Documents VIIL p. 19, fîg. 7. 
69  D, C. Baramkî, op. cit., eoîonnett&s dans un médaillon en stuc, p. S, fig. S.
70  P us fard les chapiteaux çanhajiens s’inspireront de ce damier modèle,
71  G, Duthuît, la -sculptera copte, pi. L b.
72  P. Lavedon, Histoire de l’eut, IL Moyen Age et fejnps modernes, pp. 3S-36.
73  M. Solignac, Annotes d© l’Institut des Etudes orientales da l’Université d’Alger, tome X, 1952. Aecjhercftes sur les instal­lations hydrauliques de Kakouan, pp. 1 à 273.
    Aly Baghat Bey et Gabriel, op. cit., p. 90, nota 4 citent an manuscrit {atimïte où s» trouve une recette de moitié» de cendre.
  • Gabriel, Syiia VIII, Qasr el Hek, p. 312 signal» une mortier de cendre employé au VIIIe siècle.
  • Cette variété de mortier est .fréquente dans les monuments byzantins de Tunisie mais il est déjà attesté à l’époque romaine au IIIesiècle.
74  C’est 1© « marteau taillant droit » des tailleurs dé pierre du Moyen. Age. 11 a été employé à l’époque romaine pour la.
taille des pierres tendres. 
75  F. Benoît, L’architecture, Antiquité, p. 481, fig. 320 X.
    P. Hicard, Pour comprendre l’ait musulman, p. 102, fig. 142, mont» un dispositif analogue employé pour des arcs en brique.
76  C’est le quatrième en partant du Sud.
Ali DABBAGHI
Ali DABBAGHI

Ingénieur Général spécialiste des systèmes d'information et de communication, مهندس عام في نظم المعلومات والاتصالات General Engineer information and communication systems

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