
Réalisée par Hanen Werteni, Conservateur du patrimoine, INP, 2024
Cadre géographique et historique
Carpis est un site archéologique d’un grand intérêt, situé à Mrissa, dans le Cap Bon, au sud-est du golfe de Tunis. Le site couvre une superficie d’environ 13 hectares et se trouve à proximité de la plaine de Soliman ainsi que des premiers escarpements du Jebel Korbous, notamment le Jebel Mraïssa et Sidi Raïs.
Cette ville était une colonie julienne (Ptolémée, IV, 3, 4 ; C.I.L. VIII, 25417) : Colonia Iulia Carpitana, que les historiens modernes estiment avoir été fondée soit par César, soit par Octave-Auguste. Elle aurait été créée en même temps que la colonie d’Hippo Diarrhytus, selon une inscription découverte à Bizerte (S. Aounallah, 2001), les colons des deux villes étant décrits comme issus de la même origine. L’histoire municipale ultérieure de Carpis reste cependant mal documentée, en raison du manque d’inscriptions (P. Trousset, 1992).
Toponymie
La localisation de Carpis a longtemps été sujette à débat, en raison des mentions historiques et des similitudes de noms. La confusion entre Carpis et Korbous a conduit certains chercheurs à situer la ville sur le site de l’actuelle station thermale de Hammam Korbous, où se trouvent les Aquae Calidae (« Eaux chaudes ») mentionnées par Tite-Live.
Cependant, les travaux du Stadiasme et de l’Anonyme de Ravenne, ainsi que d’autres sources épigraphiques telles que Pline et Ptolémée, suggèrent que Carpis et les bains de Korbous étaient deux entités distinctes. En effet, Carpis se trouvait à une distance double de la mer de Misua (Sidi Daoud) par rapport à Carthage, ce qui permet de localiser plus précisément la ville dans la région de Mraïssa, où se trouvent d’importantes ruines en bord de mer.

Les monuments
Les prospections archéologiques menées par Samir Aounallah, Moncef Ben Moussa et Samia Trabelsi ont révélé deux grandes périodes d’occupation du site.
La période punique est caractérisée par des tombes funéraires probablement entièrement taillées dans la roche, comme l’indique S. Trabelsi (2014). Ces caveaux, correspondant à des tombes à fosse les formes de sépulture les plus simples, sont associés à des structures et à des pans de murs effondrés dans la partie sud du site.
Le matériel céramique recueilli comprend de la céramique punique à vernis noir, de la céramique culinaire et des amphores puniques, représentant 72 % de l’ensemble du mobilier punique découvert. Cette proportion souligne le rôle crucial de la ville de Carpis dans l’économie interrégionale et ses échanges avec Rome (Trabelsi, 2014).
Concernant la période romaine, le site révèle deux monuments de spectacle majeurs : l’amphithéâtre et le théâtre, qui illustrent l’importance de la ville à cette époque. Parmi les monuments hydrauliques, on trouve des établissements thermaux situés dans la partie nord-est du site. Les citernes, deux structures jumelles orientées nord-nord-ouest/sud-sud-est et construites en opus caementicium, se trouvent à proximité d’un four.
On y observe également un grand bassin quadrangulaire (Trabelsi, 2014) et un aqueduc conservé sur environ 46 mètres, dans la partie sud-est du site antique (Guérin, p. 214 ; Trabelsi, 2014).
![]() |
![]() |
|
Vue du grand bassin quadrangulaire |
Vue de l’aqueduc |
Dans le quartier artisanal, la découverte la plus notable est celle d’un four situé à 50 mètres de la mer, dans la partie nord du site antique, suggérant l’existence d’une série de fours ensevelis (Trabelsi, 2014).
Enfin, parmi les monuments submergés, on trouve deux grands brise-lames visibles au large du site, représentant les vestiges de l’ancien port romain, mentionné sur la carte au 1/50 000 (La Goulette). Ces structures sont constituées d’enrochements en grès oligocène, extraits des carrières voisines du Jebel Sidi Raïs (P. Trousset, 1992).
Les fouilles récentes
Une fouille archéologique a été menée en 2019 sous la direction de Mme Boutheina Maraoui Telmini et de Mme Ouefa Slimen. Cette intervention a permis de mettre au jour deux fours d’amphores puniques et néo-puniques, datés du IIᵉ siècle av. J.-C.. Ces découvertes confirment l’existence d’une activité artisanale importante à Carpis durant la période punique tardive, témoignant de la production locale d’amphores destinées sans doute à l’exportation et aux échanges régionaux.
Bibliographie
S. Aounallah, Le cap Bon, jardin de Carthage. Recherches d’épigraphie et d’histoire romano-africaines (146a.C-235 p.C) (= Ausonius Publications, Scripta antiqua 4), Bordeaux, 2001, 269-271.
Beschaouch, « Sur l’origine latino-romaine et gréco-byzantine de toponymes arabes de Tunisie », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 151ᵉ année, 4, 2007, 1930-1934.
Ben Moussa, « La production de céramique romaine au Cap Bon : état de la question », dans Bourgou (dir.), La Péninsule du cap Bon entre crises et mutations, Actes du colloque organisé à Beït al-Hikma les 19 et 20 avril 2016, Tunis, 102.
Courtois, « Ruines romaines du cap Bon », Karthago V, 1954, 185-187.
Desanges (éd.), Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, Livre V, 1-46, l’Afrique du Nord, Paris, 1980, 212-213, 221-222.
Desanges, « La localisation du Beau-Promontoire de Polybe », Karthago, XXII, 1990, 23-24.
Desanges, N. Duval, C. Lepelley S. Saint-Amans, « Carte des routes et des Cités de l’Est de l’Africa à la fin de l’Antiquité d’après le tracé de Pierre Salama », Turnhout, 2010, 127-128.
Guérin, « Voyage archéologique dans la Régence de Tunis », t. 2, Paris, 1862, 214-215.
Lepelley, « Les cités de l’Afrique romaine au Bas-Empire », t. II (Notices d’Histoire municipale), Paris, 1981, 103-104.
Merlin, «Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques », 1911, p. CCXIX-CCXX.
Slim, P. Trousset et R. Paskoff, « Le littoral de la Tunisie : étude géo-archéologique et historique », Paris, 2004, 192, site n°169.
Ch. Tissot, « Géographie comparée de la Province romaine d’Afrique », I, 1984, 164-170.
Trousset, « Carpis», Encyclopédie berbère, 12, 1993, 1779-1780.
Trabelsi, « Recherches archéologiques et historiques sur le site de Carpis (Sidi Errais – Tunisie)», Mémoire de mastère, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Tunis 2014.
Trabelsi, « Les ports antiques de la côte nord du Cap Bon », Thèse de doctorat, Université de Sousse et Aix-Marseille Université, Tunis 2020.

